15 février 2018
Aux adultes raccrocheurs, ces héros méconnus
Par: Le Courrier
Aux adultes raccrocheurs, ces héros méconnus

Aux adultes raccrocheurs, ces héros méconnus

En ces Journées de la persévérance scolaire, j’aimerais prendre un peu de votre temps pour vous raconter l’histoire de héros et d’héroïnes qui m’inspirent énormément et dont on parle peu lorsqu’il est question de décrochage scolaire.

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Tous les jours depuis 5 ans, dans mon organisme communautaire basé en Montérégie, j’assiste à un spectacle à échelle humaine, celui où des adultes, jeunes et moins jeunes, jouent leur propre rôle, probablement l’un des plus ambitieux et difficiles de leur vie : celui de raccrocheur.
Ils s’appellent Jonathan, Luisa, Magalie, Karim. Ils viennent d’un peu partout, ont des profils, personnalités et parcours de vie très différents, mais ultimement, ils débarquent tous du même endroit. Ils nous arrivent d’un système qui n’a pas su ou n’a pas pu les ancrer solidement dans ce projet de société qu’est l’éducation. Je passerai sur les causes possibles de ce phénomène d’exclusion parce que j’ai davantage envie de vous parler de solutions plutôt que de problèmes.
Un jour, Jonathan, Luisa, Magalie et Karim ont décidé que leur intégration sociale allait devoir passer par un retour aux études. À leur âge, la formation générale des adultes devient le passage obligé à qui veut obtenir le diplôme d’études secondaires ou les préalables pour entrer en formation professionnelle.
Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Certains se sont même inscrits jusqu’à huit fois dans un centre de formation des adultes. Mais les problématiques vécues à l’adolescence n’ont pas miraculeusement disparu, de même que ce système dans lequel ils naviguaient difficilement jadis n’est pas devenu, une fois rendus au secteur adulte, un fleuve plus tranquille.
Chez nous, à Espace carrière, nous assistions tous à cette situation de multidécrochage vécue par une partie de notre clientèle. L’idée de lancer une école tremplin qui permettrait à ces adultes d’apprendre à apprendre, mais aussi à se développer en tant qu’individu, a germé.
Aujourd’hui, ils sont une soixantaine à transiter chaque année par La Marge – École de la rue. À leur rythme. En fonction de leurs propres objectifs, qui n’est pas nécessairement la diplomation. Ils créent des liens, entreprennent différentes démarches externes pour améliorer leurs chances de réussite et leurs conditions de vie.
Pour la première fois, ils cadrent dans un environnement. Pour la première fois, ils ont une réelle occasion d’acquérir les moyens de leur ambition. Et ils sont si fiers d’être à l’école!
Parlant de fierté, au cours de ma carrière, j’ai eu l’opportunité de participer à la mise en œuvre d’une foule de projets. Cependant, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que notre petite école de la rue, construite avec trois fois rien et tenue à bout de bras par notre équipe-école extraordinaire, est le projet qui me rend la plus fière d’entre tous.
Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre, il y a un peu plus d’un an, que cette fierté ressentie était en fait partagée par une trentaine d’autres organismes qui, comme nous, ont décidé de s’attarder aux besoins et problématiques des adultes décrocheurs. Des organismes qui construisent des lieux adaptés, flexibles et inclusifs.
Des Jonathan, Luisa, Magalie et Karim, on en retrouve dans tous ces milieux alternatifs de scolarisation. Nous les voyons suer, essayer, réussir, tomber, se relever. Nous assistons à de petits miracles. Des petites victoires. Qui vont de terminer ses maths 416 à être capable de prendre l’autobus seul. Ils sont beaux à voir.
C’est de leur histoire courageuse à chacune et chacun dont je voulais vous parler. Et c’est à eux que je m’adresse maintenant :
Vous êtes mes héros.

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