4 juin 2015
Benoit, le dépanneur
Par: Le Courrier

Juste en face du bureau où je travaille, sur l’avenue ­Sainte-Anne, se trouve le ­dépanneur de Benoit. Je ne sais pas comment ­l’appeler ­autrement puisqu’il n’y a ­aucune enseigne. Que les mots « Loteries », « Revues » et « Ouvert » dans la petite vitrine.

Avec le temps, c’est devenu un repère important pour bien des gens du ­quartier. Benoit était un point de ralliement. ­Autant ses traits et son timbre de voix étaient vietnamiens, autant son accent et ses expressions étaient typiquement ­québécoises.

Sa chaleur avec ses clients et ses ­fournisseurs – sa familiarité même – ­faisait qu’on se sentait en visite chez lui. Pendant quelques minutes – le temps pour moi d’acheter une bouteille d’eau ou de Pepsi – j’avais l’impression de vivre une scène d’un conte de Fred Pellerin. Benoit animait son dépanneur, comme Toussaint Brodeur son magasin général. Derrière le comptoir, il avait placé un lampion électrique et une image de Sainte-Thérèse qui complétaient le ­décor.

J’ai plusieurs fois pensé que ce court échange avec Benoit était, pour plusieurs, un moment marquant de leur journée. Les confidences étaient parfois surprenantes. Celui qui rentrait au dépanneur était un client, mais c’était d’abord quelqu’un, souvent appelé par son ­prénom. En vendant du café, des ­cigarettes et des loteries, Benoit ­dépannait aussi des clients en panne de considération et de contacts humains.

Pour un dépanneur, les heures de ­travail sont longues. Les vacances, courtes. Sa seule pause consistait en sa promenade du midi avec son minuscule chien. Benoit était fier, puisque son ­travail avait du sens : il aidait notamment sa fille à poursuivre ses études ­supérieures.

La semaine dernière, j’ai appris la mort soudaine de Benoit. J’ai pensé à sa famille puis à tous ceux qui – quotidiennement – comptaient sur lui. J’ai regretté qu’il n’ait pas eu le temps de se reposer ou de voir la conclusion des études de sa fille. Il en ­aurait été fier.

Mais en y repensant, Benoit avait déjà toutes les raisons d’être fier. Il a rendu le monde meilleur, simplement. Il a cru que chaque moment et chaque personne ­méritaient qu’on s’y attarde. Dans son sourire et ses mots plusieurs ont senti qu’ils étaient quelqu’un. Il me semble que c’est aussi ça, une vie réussie.

Bravo Benoit!

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