22 novembre 2012
Bentley Mulsanne, vivre l’extravagance
Par: Marc Bouchard

Derrière le volant de mon immense voiture, confortablement installé dans un siège de cuir fin, tenant entre mes mains un volant de boiserie noble, je regarde avec condescendance les petites voitures qui m’entourent. Il y a bien ici et là quelques Allemandes dignes de ce nom, mais à peine. Après tout, moi, je suis au volant de la gigantesque Bentley Mulsanne, dont le prix à lui seul vaut presque une dizaine de ces voitures.

Bien sûr, vous aurez compris que j’exagère, mais à peine. Car la Bentley Mulsanne que j’ai eu l’occasion d’essayer vaut bien le prix mentionné : environ 471 000 $ équipée comme elle l’était. Et il est exact que cuirs et boiseries étaient au rendez-vous. Mais pas mon regard condescendant, rassurez-vous.

Physiquement, la Mulsanne ne dément pas son allure richissime. Sa longue silhouette se découpe et s’impose comme une véritable limousine de luxe. La calandre, imposante comme celle de toutes les Bentley, est surmontée de l’incontournable « Flying B », ce logo entouré d’ailes qui représente tellement bien la marque britannique… mais dont la seule présence ajoute plus de 3 000 $ à la facture.Ses quatre gros phares avant, sa ligne de toit qui se prolonge jusqu’à l’infini, mais dont la hauteur vient étirer l’ensemble, et ses immenses roues au design unique font de la Bentley une personnalité sur roue.Dans l’habitacle, on a l’impression de se retrouver au coeur d’un riche salon anglais; il ne manque que le majordome stylé pour compléter le tout. Les boiseries sont fabriquées à partir de bois de qualité. Tout comme les cuirs, dont la quantité est tellement grande qu’ils exigent quelque 14 bêtes pour couvrir l’ensemble. Sachez que le tout est assemblé à la main, un travail de plus de 500 heures réalisé par de véritables artisans.Enfin, évidemment, l’habitacle, grand comme un aréna de hockey vide, propose la gamme complète d’accessoires, alliant le chauffage au massage sur chacun des sièges par exemple, ou offrant un système de son digne d’une salle de concert.Bémol important pour l’ergonomie qui exige quelques longues minutes avant d’être totalement maîtrisée, mais les passagers arrière, profitant de leur propre console, n’ont rien trouvé à redire. Il faut dire aussi que l’espace qui leur est dévolu est tellement grand qu’ils auraient aisément pu s’y perdre!

Et sur la route

Quant à la conduite, la Bentley est à la hauteur de sa réputation. Son moteur V8 de 6,0 litres déplace avec une légèreté quasi miraculeuse la lourde masse de la voiture. En fait, malgré ses quelque 2 500 kilos, la bête se déplace de 0 à 100 kilomètres à l’heure en moins de 5,1 secondes, selon le constructeur. Le tout, gracieuseté d’un surabondant couple de 725 livres-pied.

Évidemment, la direction n’est pas la plus sensible, la lourdeur de l’ensemble obligeant à une assistance un peu trop présente, surtout à basse vitesse. Même chose pour les freins, qui font le travail sans rechigner, mais dont on a parfois l’impression qu’ils fléchissent sous la tâche.Et vous aurez compris qu’un véhicule de cette taille exige un peu de doigté dans les manoeuvres les plus exigeantes, ses dimensions seules étant un handicap sérieux. Handicap aussi pour la visibilité trois-quarts arrière, qui cache parfois de bien vilaines surprises. Pour l’anecdote, sachez que mon essai s’est réalisé dans les rues de Montréal et que les cyclistes surgissent vraiment de nulle part si on n’y prend pas garde!

En résumé

Parfaite, la Bentley Mulsanne? Pas vraiment; elle est, comme le commun des mortels, affublée de quelques défauts ici et là. Mais se retrouver au volant de cette gigantesque limousine, ne serait-ce que quelques heures, est un véritable rêve qu’il faut réaliser une fois dans sa vie. Je l’avais déjà fait, mais je l’ai renouvelé avec plaisir.

Je suis donc devenu un aristocrate le temps de quelques heures. Assez longtemps pour savoir que, au volant de la Bentley Mulsanne, la vie prend une autre couleur. Mais je suis revenu avec bonheur au volant de ma propre voiture. La Mulsanne est un fantasme d’amateur de voitures, mais elle ne me donnera jamais assez de plaisir de conduite pour en vouloir une à tout prix.

Forces :

– Confort royal- Motorisation spectaculaire- Accessoires surabondants

Faiblesses :

– Prix- Visibilité- Freinage

Fiche technique :

Moteur : V8 6.8 L Biturbo DACT 32 soupapesPuissance (ch@tr/min) : 505 @ 4200Couple (lb.pi@tr/min) : 752 @ 1750Transmission : Automatique à 8 rapportsFreins : Disques avant/disques arrièreConsommation : 20,4 l/100 km (ville) / 11,9 l /100 km (route)Prix : 360 000 $ (base)Prix tel qu’essayé : 471 000 $

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