7 juin 2012
BRPolux
Par: Martin Bourassa

Il n’y a pas que le conflit étudiant dans la vie. Son omniprésence dans l’actualité commence pourtant à être dommageable.

Il n’y a pas que le conflit étudiant dans la vie. Son omniprésence dans l’actualité commence pourtant à être dommageable.

Les étudiants détournent l’attention. Ou seraient-ce les médias qui n’entendent plus que le bruit des casseroles et des complaintes étudiantes? Toujours est-il que de grands drames se jouent ailleurs au Canada et au Québec et ne reçoivent pas toute l’attention qu’ils devraient. Pierre Bornais avait raison de braquer les projecteurs de sa carte blanche, la semaine dernière, sur la douloureuse réforme conservatrice de l’assurance-emploi. Une réforme qui risque d’être dommageable à plus d’un niveau et pas exclusivement dans les régions éloignées et auprès des travailleurs saisonniers. J’ai comme l’impression qu’elle va faire plus de mal que de bien et qu’elle sera difficilement gérable, autant pour les employeurs que les fonctionnaires. Parmi les nouvelles économiques qui sont passées sans faire trop de vagues, la décision de BRP de transférer l’assemblage de ses motomarines de Valcourt en Estrie vers son usine de Juárez au Mexique. Un transfert qui affectera directement pas moins de 500 employés de BRP, dont 325 à Valcourt. La majeure partie recevra une prime de retraite. Sauf que le bilan net se traduira tout de même à court terme par la perte sèche de centaines d’emplois directs et indirects au Québec. Déjà, l’entreprise Camoplast à Roxton Falls a annoncé qu’elle abolira 360 emplois l’an prochain en raison de la perte de son contrat de sous-traitance avec BRP. Cette catastrophe est pourtant passée pratiquement inaperçue, sauf dans la région d’Acton où elle a eu l’effet d’une bombe.Et pas besoin d’être devin pour imaginer que des dizaines d’autres emplois industriels vont disparaître dans des PME qui dépendent de BRP.Et curieusement, on ne peut pas dire que l’annonce de la délocalisation d’une partie des activités de BRP a fait grand bruit. Peu de gens ont exprimé leur déception.Sans doute ont-ils été éblouis par le beau phrasage corporatif de BRP qui présente sa décision avec entrain et positivisme, en disant qu’elle doit adapter sa stratégie d’affaires pour gagner en flexibilité et soutenir sa croissance. Gagner en flexibilité peut-être, mais à quel prix? En sacrifiant des emplois rémunérés 20 $ l’heure à Valcourt pour des emplois à 4 $ l’heure au Mexique. Ce qu’on gagne parfois en flexibilité, on le perd souvent en sympathie. En décembre 2010, le géant suédois Electrolux a créé une véritable commotion en annonçant la perte de 1 300 emplois industriels d’ici 2013 avec la fermeture de son usine de cuisinières à L’Assomption, près de Repentigny. Electrolux allait délocaliser sa production vers les autres usines du groupe aux États-Unis et au Mexique. La colère et la mobilisation avaient été immédiates. Plusieurs observateurs avaient eu des mots très durs à l’endroit des méchants Suédois. Cette fois, c’est pourtant la très québécoise BRP qui supprime des emplois ici afin de soutenir sa croissance… en faisant travailler davantage de Mexicains. J’attends la colère et la mobilisation. Ou le début d’un débat sur l’importance de l’achat et surtout de la production chez nous. Pauvre Joseph-Armand.

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