18 mars 2021
Sœurs de la Présentation de Marie
Casser maison
Par: Martin Bourassa

Je n’ai plus l’habitude d’assister à des conférences de presse, mais je ne voulais pas rater celle virtuelle donnée par les Sœurs de la Présentation de Marie et les Sœurs de la Charité. Ce n’est pas tous les jours que des communautés religieuses annoncent qu’elles vont casser maison et se départir de leur couvent. Mais plus si inhabituel.

Publicité
Activer le son

Mon intention était chrétienne. Je n’étais pas tant là pour juger de cette décision, qui leur appartient, que pour comprendre. Comprendre son bien-fondé et surtout comprendre ce besoin de déménager pour mieux s’enraciner dans un boisé, comme l’ont fait les Adoratrices du Précieux-Sang en quittant leur vieux couvent pour s’installer aux Jardins d’Aurélie en 2018. Et comme le feront sans doute un jour nos prêtres retraités du Séminaire pour s’établir dans une résidence toute neuve à l’arrière du vénérable bâtiment. C’est très tendance.

Mais dans le cas présent, je m’expliquais mal pourquoi la maison mère des Sœurs de la Présentation de Marie, une bâtisse reconstruite à neuf en 1994 à la suite du triste et mémorable incendie du couvent et du collège Saint-Maurice, n’était déjà plus en mesure de répondre à leurs besoins actuels et futurs. Était-elle déjà si vétuste? J’ai risqué la question.

Une bonne question, m’a félicité Sœur Clémence Moreau, supérieure provinciale. Sans les chiffrer, elle m’a parlé de coûteuses, complexes et dérangeantes mises aux normes imposées par un code du bâtiment pas commode. Comme l’apôtre Thomas, j’aurais bien aimé voir et non croire sur parole. Avoir des chiffres et des rapports. Sr Clémence a plutôt insisté sur le fait que la congrégation ne voulait plus être propriétaire de sa maison, ne voulait plus avoir à gérer le fardeau administratif et logistique ni assumer les obligations du quotidien.

J’ai senti chez elle une résignation empreinte de lucidité. Elle gère la décroissance, voire le déclin de sa congrégation, tout en gérant la croissance des charges imposées par l’entretien de gros immeubles vides ainsi que par les soins de santé.

Nos religieuses sont donc à l’heure des calculs et des choix difficiles. À l’heure des alliances aussi. Les Sœurs de la Présentation de Marie ont fait le choix de rester à Saint-Hyacinthe, de se départir de leur maison mère et de leur école puisqu’elles complèteront bientôt la relève institutionnelle du Collège Saint-Maurice. Dans tout ce processus, elles sont animées du désir de bien faire les choses. N’en doutez pas, ces décisions ont été longuement muries. On peut certes trouver le projet de relocalisation de la maison mère ambitieux et envahissant, puisqu’il se décline dans des édifices de quatre à neuf étages, mais il ne jurera pas trop dans son environnement.

Le plus grand soin a été apporté au projet, même s’il se trouvera bien entendu des gens pour critiquer la coupe d’arbres et le développement tous azimuts de résidences pour personnes âgées sur le territoire maskoutain.

Sr Clémence a dit souhaiter que ce projet reçoive un appui bienveillant dans le milieu. Ses prières seront entendues, car peu importe la grogne, il n’y a pas vraiment moyen de s’opposer au projet tel que présenté. Puisque le complexe en devenir portera l’étiquette de résidence privée pour aînés et offrira des soins spécialisés, en plus d’accueillir une centaine de résidents laïcs, il profitera d’une passe gratuite pour court-circuiter le processus d’approbation référendaire de changement de zonage à la Ville de Saint-Hyacinthe. La Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permet quelques exemptions, notamment s’il s’agit d’un projet « d’habitation destinée à des personnes ayant besoin d’aide, de protection, de soins ou d’hébergement », en vertu de l’article 123.1 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. On doit cette trouvaille au Groupe Maurice qui vient de l’utiliser pour faire passer son projet de résidences pour aînés sur le boulevard Casavant. Cette recette va donc servir à nouveau. La grande « consultation » prendra des airs de « présentation ».

La véritable consultation devrait peut-être se concentrer sur ce qu’il adviendra de la maison mère de la rue Girouard et de sa future vocation compte tenu des importantes (?) mises aux normes nécessaires. Sr Clémence a indiqué qu’elle souhaitait qu’elle puisse servir à la communauté, tout en s’inscrivant dans les valeurs de leur fondatrice. On devine une vocation orientée vers l’éducation ainsi que l’aide aux malades et aux défavorisés. Dieu soit loué.

image