3 septembre 2015
Ce qu’on ne voit pas
Par: Christian Vanasse
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Chaque fois que je passe sur le rang ­Basse-double ou Salvail sud, je pense aux puits de gaz de schiste, creusés il y a quelques années. Oh, on ne les voit pas vraiment, ils sont bien cachés maintenant par des amas de verdure, invisibles aux yeux des passants. Pour quelqu’un de ­l’extérieur, rien n’y parait. Et vous? Vous souvenez-vous de cet épisode, assez ­intense merci, de notre vie rurale?

L’apparition soudaine des camions, des foreuses et des tours, les cow-boys ­albertains qui roulaient des mécaniques en nous regardant de haut, avec leur ­attitude en altitude, haut dessus de leurs affaires, pressés de creuser, mais moins de répondre aux questions. Les visites ­roucoulantes des firmes de relations ­publiques de l’industrie avec à sa tête ­André « Col Roulé » Caillé, son armée de ­relationnistes, leurs colonnes de chiffres ronflants et les promesses de richesse pour tous et bien sûr, notre gouvernement de l’époque qui applaudissait à cet ­Eldorado… mais surtout les attaques contre les opposants qu’on qualifiait de tous les noms d’oiseaux, « enverdeurs », « anti-progrès », tous des ignorants qui ­protestaient sans trop savoir pourquoi.

Les souvenirs de cette lutte citoyenne ­résonnent encore comme un écho lointain chaque fois que je passe devant ces puits fuyant à petit feu leur méthane inutile… On prévoyait 20 000 puits dans la Vallée du ­St-Laurent. Et ce n’était qu’un début.

On s’est évité un beau gâchis non? Et pourtant, on s’apprête à y replonger. À ­dérouler une fois de plus le tapis rouge aux foreuses sur l’île d’Anticosti en dépit du bon sens le plus élémentaire. À grand coup d’aide de l’État aux Pétrolias de ce monde, en dépit de l’austérité. Et l’île est si loin de nos yeux qu’elle est presque invisible.

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