20 août 2015
Centre des congrès : bien des questions sans réponse
Par: Le Courrier
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Ainsi donc la Ville de ­Saint-Hyacinthe s’apprête à investir 23 millions $ dans un nouveau centre des congrès. L’administration municipale semble pressée, car on parle déjà d’une inauguration pour l’automne 2017.

Autant l’administration municipale semble déterminée, autant ce projet ­suscite d’énormes questions, pourtant essentielles. Les subventions gouvernementales seront-elles au rendez-vous? Pourquoi tant d’empressement? Ce nouveau centre des congrès sera-t-il rentable? Combien d’années seront nécessaires pour y arriver? Et quel est le plan ­d’affaires? Quel est le marché à ­conquérir?

Mais plus que tout, la question qui tue : pourquoi la Ville devrait-elle investir dans des opérations d’abord et avant tout ­commerciales? Je tiens à rappeler que l’ancien centre des congrès était opéré par une entreprise privée. Et que c’est une autre entreprise privée qui a décidé de détruire des installations qu’elle venait d’acquérir.

Elle aurait pu les rénover ou les reconstruire, mais elle ne l’a pas fait. Pourquoi la Ville devrait investir des deniers ­publics dans une activité qu’une entreprise opérait?

On me dira que plusieurs centres de congrès appartiennent à des ­corporations municipales ou publiques. C’est vrai. On le fait pour soutenir le ­milieu économique et touristique. On le fait aussi parce que ces activités ne sont pas nécessairement aussi rentables qu’on aime bien le dire. La ­rentabilité d’un tel investissement est donc loin d’être acquise. Dans ce dossier, j’ai trop l’impression que le conseil ­municipal s’apprête à jouer avec nos taxes municipales comme s’il s’agissait d’argent de Monopoly.

La dette municipale s’établissait à 27 millions $ à la fin de 2014. Du coup, on risque d’y ajouter 23 millions $. Bien sûr, on me dira que le projet pourrait recevoir de l’aide gouvernementale, mais pour l’instant, rien n’est acquis.

J’ai aussi l’impression que ce projet va à l’encontre de notre philosophie ­municipale en matière de gestion. ­Souvenons-nous des nouvelles patinoires où Saint-Hyacinthe a confié à l’entreprise privée le soin de construire trois ­nouvelles glaces. Les patinoires, comme les loisirs d’ailleurs, sont une responsabilité municipale, beaucoup plus que le soutien à une industrie des congrès.

Dans plusieurs secteurs, ce fut la voie choisie par la Ville : la Médiathèque, la Corporation aquatique, les loisirs de quartier, le Centre des arts ou même ­l’enlèvement de la neige. Dans tous ces cas, elle a confié ses responsabilités à un tiers. Les avantages sont évidents : leurs ­employés ne sont pas syndiqués et leurs salaires sont loin de rivaliser avec ceux des fonctionnaires.

Je ne suis pas contre la venue d’un centre d’un congrès à Saint-Hyacinthe. Mais pourquoi la Ville devrait-elle prendre tous les risques financiers? ­Pourquoi agir avec tant d’empressement? Comment Saint-Hyacinthe pourrait-elle se distinguer dans un secteur encore plus compétitif avec l’arrivée de Drummondville? Et pourquoi Saint-Hyacinthe doit-elle prendre le relais d’une entreprise ­privée qui a choisi sciemment de détruire son activité? Autant de questions auxquelles j’aimerais avoir des réponses.

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