16 janvier 2014
Ces gens en manque d’attention
Par: Le Courrier
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Ce matin aux nouvelles on annonce qu’un manifeste en faveur du développement de l’industrie pétrolière au Québec vient d’être publié par un groupe de personnalités du monde politique et économique. Ensuite, on nous informe d’un déraillement de train au Nouveau-Brunswick qui transportait, entre autres, quatre wagons de gaz et quatre wagons de pétrole, le tout brûlant allègrement en libérant un beau panache de fumée noire. Heureusement, c’était en pleine nature. On a évité un autre Lac Mégantic.

Y a-t-il un lien entre les deux nouvelles? Oui! Actuellement, l’industrie pétrolière et gazière dispose d’une petite armée de lobbyistes qui travaillent quotidiennement auprès de nos décideurs et fonctionnaires afin de pousser le développement de leur industrie. En contrepartie, des groupes de citoyens bénévoles conscients des enjeux environnementaux pour les générations futures font de leur mieux pour informer la population. Les moyens ne sont pas égaux. Récemment, nous avons été témoins des audiences de la commission parlementaire québécoise portant sur l’inversion du pipeline 9B de la compagnie Enbridge qui transportera du pétrole de l’Ouest et du Nord des USA vers nos raffineries de Montréal. Nos deux paliers de gouvernements sont nettement en faveur de cette industrie. Pourquoi alors un manifeste en faveur du développement de l’industrie pétrolière au Québec? Le rang des lobbyistes est-il si en manque de moyens qu’il faille le support de personnalités publiques? Ces signataires sont-ils tant en manque de publicité? La bataille de l’opinion publique a-t-elle déjà besoin de ces ténors? L’expérience de l’industrie des gaz de schiste dans notre région nous a bien démontré que les liens entre les politiciens et l’industrie sont très forts. Quand on martèle que le développement économique a besoin de ce pétrole en nous faisant miroiter des milliers d’emplois et des milliards de dollars, j’ai l’impression qu’on nous prend pour des cruches. Les seuls emplois qu’on considère tournent encore autour d’une industrie moribonde du siècle dernier. De plus, jamais on n’élabore sur le long terme, jamais on ne nous informe des 200 milliards $ que nous coûtent actuellement les changements climatiques et surtout jamais on ne nous parle des générations futures et des dettes écologiques immenses que nous leur lèguerons parce que nous aurons continué à développer une forme d’énergie favorisant les gaz à effet de serre au lieu d’être proactifs vers des énergies nouvelles. Depuis un mois, ici dans l’Est du Canada, nous avons eu une petite tempête de verglas qui a laissé la région de l’Estrie et de Toronto dans la noirceur pendant une semaine. Le froid intense a paralysé l’aéroport de Toronto pendant trois jours. Le typhon aux Philippines du mois de novembre a déjà coûté plus de 8 millions au Canada… On n’a pas les moyens de se priver du pétrole québécois? Qu’en est-il de ces immenses réserves québécoises? Certains spécialistes nous disent qu’il y aurait des dizaines de millions de barils de pétrole dans le sous-sol québécois. Mais tout cela représente à peine un mois de consommation générale dans la province. Le jeu en vaut-il la chandelle? Il faut commencer à réduire notre consommation d’hydrocarbures, pas l’augmenter en développant de nouvelles sources d’approvisionnement! Faut-il être en manque d’attention à ce point? Ou faut-il que la bataille de l’opinion publique soit si importante? Ne vous leurrez pas, nos gouvernements sont déjà d’accord! Quand inclura-t-on la santé et le bien-être des générations futures dans le calcul des bénéfices?

Jacques Tétreault Citoyen de Saint-Dominique

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