13 février 2020
Loi 40
C’est la fin pour les commissaires
Par: Rémi Léonard

Après 17 ans à la présidence de la CSSH, Richard Flibotte tire maintenant sa révérence… même s’il aurait sans doute préféré le faire dans d’autres circonstances. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

La transformation des commissions scolaires en centres de services, officialisée en fin de semaine lors de l’adoption sous bâillon de la loi 40 à l’Assemblée nationale, a par le fait même mis fin sur-le-champ au mandat des élus scolaires de la région.

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Le président de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH), Richard Flibotte, et ses collègues commissaires se retrouvent ainsi évacués de la structure de gouvernance scolaire. Une conclusion pour le moins « abrupte », a-t-il déploré en entrevue au COURRIER.

D’autant plus que l’aspect immédiat de la chose s’est décidé par l’ajout d’un amendement à la loi peu avant son adoption. « On ne l’avait pas vu venir », a reconnu M. Flibotte, se disant attristé qu’on ait « montré la porte » à des gens qui étaient pourtant « très investis » dans le milieu de l’éducation. Il interprète le geste comme « un manque de considération envers les élus, mais aussi envers la société ». Une telle loi, qui inclut au final 300 articles et 160 amendements, a rapporté La Presse canadienne, aura « des conséquences importantes » sur l’éducation au Québec, avertit M. Flibotte, bien au-delà de l’abolition des élections scolaires.

L’administration prend le relai

Au siège social de la CSSH, on s’affairait d’ailleurs cette semaine à « prendre connaissance » de l’ensemble des impacts de cette nouvelle loi. Compte tenu des nombreux amendements de dernière minute, rien qu’obtenir le texte de loi complet était encore un défi mercredi, a illustré la directrice générale de la CSSH, Caroline Dupré. C’est elle qui devient maintenant la porte-parole officielle de l’organisation et qui devra plancher sur la transition à venir, a-t-elle confirmé au COURRIER.

Les commissaires élus seront remplacés d’ici la fin de l’année scolaire par un conseil d’administration formé de parents, de membres du personnel et de représentants de la communauté. Entre temps, Mme Dupré rappelle que la Commission scolaire, qui conserve par ailleurs ce nom au moins jusqu’en juin, continue de fonctionner normalement avec tous ses employés.

La DG assurera la continuité en s’occupant des « opérations courantes » et en prenant les décisions basées sur les orientations déjà prises par le conseil des commissaires sur les projets en marche. Pour les nouveaux dossiers d’importance, il serait plus logique de les reporter, a-t-elle indiqué, donnant en exemple la consultation sur la modification des bassins de clientèle au primaire en vue de l’arrivée de la nouvelle école au Domaine sur le Vert. À peine formé au mois de juin, le nouveau conseil d’administration n’aurait pu trancher convenablement sur la question, a souligné Caroline Dupré.

Tout en travaillant à une « transition harmonieuse » vers la nouvelle structure, elle insiste par ailleurs pour « valoriser le travail et le dévouement » des ex-commissaires. Ces derniers seront d’ailleurs appelés à jouer un rôle dans la transition au cours des prochains mois en tant que « comité-conseil ». Pour l’instant, ce mandat reste cependant à être défini, a reconnu M. Flibotte.

La CAQ va de l’avant

La députée de Saint-Hyacinthe à l’Assemblée nationale, Chantal Soucy, a aussi tenu à remercier les anciens élus de la CSSH pour leur engagement dans sa déclaration suivant l’adoption de la loi 40 par son parti, qui en avait fait un engagement électoral. Parlant de la transition à venir comme d’une « opportunité de repartir sur des bases solides », l’élue caquiste a assuré « entrevoir l’avenir avec beaucoup d’optimisme pour le réseau scolaire ». La loi 40 permettra notamment d’apporter une « gouvernance scolaire moderne » au Québec et permettra une « décentralisation importante » du pouvoir vers les écoles, a-t-elle commenté.

S’appuyant sur les critiques des oppositions, des enseignants, de certains parents et, plus récemment, des municipalités, ainsi que sur l’utilisation de la procédure du bâillon, M. Flibotte, trouve « questionnable » l’adoption de cette loi au terme d’un processus démocratique qui a été « pratiquement bafoué ». « C’est dommage qu’on n’ait pas voulu écouter davantage », a-t-il soulevé en rappelant qu’il y avait pourtant des solutions à portée de la main.

Une perte pour la communauté

L’abolition des élections scolaires, et donc d’un palier de gouvernance locale, fera disparaître « l’interface » qui existait entre la communauté et la commission scolaire, a-t-il aussi souligné. Surtout que les nouveaux administrateurs ne pourront pas prendre la parole publiquement et ne seront pas accessibles pour les citoyens, contrairement aux commissaires. Richard Flibotte se questionne également sur le maintien d’une taxe scolaire à laquelle « personne ne sera redevable », faute d’élus, une situation pour le moins particulière.

Malgré ce départ pour le moins précipité, il garde confiance en l’équipe en place pour la suite. « Je pars confiant. Les élèves sont entre bonnes mains », a affirmé l’ex-président. Il a par ailleurs indiqué qu’il avait déjà pris la décision de ne pas se représenter à d’éventuelles élections scolaires. « Je crois toujours en l’éducation, mais je me suis investi beaucoup ces dernières années », a-t-il affirmé en indiquant vouloir prendre maintenant un peu plus de temps pour sa famille.

Même s’il n’a pas de plan de match professionnel en tête à ce stade, il ne ferme pas la porte à une future implication politique. D’ici à ce qu’on le revoie (peut-être) dans l’espace public maskoutain, M. Flibotte tient à lancer un appel à tous à s’impliquer et à valoriser l’éducation. Aux parents : « intéressez-vous à ce que font vos enfants à l’école, c’est important », conseille-t-il.

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