8 novembre 2012
Carte postale de Jean-François Ouellon
Chaleur boréale
Par: Le Courrier

Il n’est pas nécessaire de s’expatrier à l’autre bout du monde pour faire la rencontre de cultures riches et de paysages inconnus. À un peu plus de 1 400 km au nord de Saint-Hyacinthe, à l’intérieur même des frontières de la province, Jean-François Ouellon nous donne rendez-vous à Wemindji, le long du littoral de la Baie James, sur les rives de la rivière Maquatua.

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Wemindji est l’un des neuf villages cris du Nord-du-Québec. Pour s’y rendre, il faut compter près de 20 h de voiture. N’empêche, le jeu en vaut la chandelle, puisqu’au bout de la route, la communauté qui vous accueille est chaleureuse et pleine de rêves. Suffit de prendre le temps de bien la connaître.

Elle est à ce point attachante qu’après y avoir passé les quatre dernières années de sa vie, Jean-François s’est converti en consultant pour se donner l’opportunité d’y retourner souvent. « J’aimais trop la communauté pour penser ne plus jamais revoir les amis que je m’y suis faits », raconte-t-il depuis le 53e parallèle, alors qu’il est justement en visite.Avant d’atterrir à Wemindji, Jean-François Ouellon, qui a grandi à Mont-Saint-Hilaire, a parcouru l’Amérique latine, où il a eu la piqûre de voyage. Son diplôme en administration marketing en poche, il a eu le goût de vivre le dépaysement autrement. « J’avais le goût de découvrir la culture d’ici avant d’aller voir celle d’ailleurs. » Depuis, « aller dans le sud », a pris pour lui toute une signification. « Le sud de Wemindji, ce n’est pas le Mexique. Ici, quand on va dans le sud, on s’en va à Montréal! »

Old Factory

Le territoire de Wemindji, qui signifie « montagne rouge ocre » en langue crie, a d’abord été connu sous le nom de « Old Factory ». Le village était alors situé sur une l’île du même nom, où se trouvait un poste de traite des fourrures appartenant à la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Chaque année, depuis que le village a été déménagé sur la cote, une expédition en canot est organisée pour retourner vers l’île. M. Ouellon a participé à ce rituel lors de son tout premier été à Wemindji, pour apprendre à mieux connaître la population crie. Il a donc pagayé, fait du portage et campé en pleine forêt pendant dix jours avant d’arriver à la terre ancestrale, où des festivités traditionnelles étaient organisées. « Après, nos relations avec la communauté ont pris une autre dynamique. Ça nous a permis de briser la glace. J’ai montré que je voulais vraiment m’impliquer et connaître la culture crie. Il faut dire que dans les communautés du Nord-du-Québec, des « blancs » qui viennent et repartent, il y en a beaucoup. » Mais il ne faut pas s’y méprendre. Aujourd’hui, Wemindji est une ville moderne, avec ses infrastructures sportives et culturelles, son petit centre commercial et son hôtel. Malgré le développement considérable, les Cris ont conservé leur culture et leur langue, qu’ils utilisent aussi couramment que l’anglais. « Le développement s’est fait à une vitesse incroyable. À Wemindji, certaines personnes nées sous un tipi il y a 50 ans ont aujourd’hui un écran plasma dans leur salon. Mais les gens ne sont pas dénaturés. Ils demeurent fidèles à leurs traditions. »

Rencontre avec la nature

Wemindji compte justement sur le développement du nord pour faire découvrir les richesses de son territoire. Si l’encadrement du tourisme n’est pas tout à fait à point, cela n’offrira que plus d’opportunités à ceux qui pourront s’y rendre. En appelant à l’avance l’Office de tourisme, il sera possible de prévoir des activités personnalisées de tout acabit.

Construction d’un tipi, cuisine sous la tente, camping, canot, kayak, croisière, raquette, ski-doo ou ski de fond : il y a des activités pour tous les goûts. Parmi les plus inusitées, une croisière sur la Baie James permet de rejoindre les Twin Islands, un sanctuaire où vivent des dizaines d’ours polaires. Par ailleurs, la pêche et la chasse dans le Nord-du-Québec sont incomparables. « Les gens de Wemindji sont encore très attachés à ces traditions. Pendant les périodes de chasse à l’oie et à l’orignal, ça devient une ville fantôme. Tout le monde est en forêt. » Au retour, on dépèce les prises et rien n’est gaspillé. « La cuisine crie est simple. Le poisson fumé sur le bois est absolument délicieux. Pour le reste, on mange beaucoup de viandes sauvages. Mais ce qui est exceptionnel de la cuisine crie, c’est le temps qu’on passe avec eux à préparer la viande et à se raconter des histoires autour du feu. L’activité sociale dépasse largement la gastronomie du repas. » Une nouvelle activité en émergence sort elle aussi des sentiers battus : le mycotourisme. C’est que la région est idéale pour la cueillette du matsutake, un champignon rare et savoureux dont raffolent notamment les Japonais. « Les cris mangent très peu de légumes et ils ne connaissaient pas ce champignon. Ils en ont fait la découverte avec les touristes, dans des expéditions de camping de luxe que nous avons organisées », note M. Ouellon. L’hiver, les activités de plein air prennent aussi un tout autre sens dans la « vraie neige blanche », raconte-t-il. « Ça m’a vraiment réconcilié avec l’hiver. Ici, la neige, on ne la subit pas, on en profite! » Sans compter que les nuits peuvent réserver des aurores boréales impressionnantes, un spectacle unique aux territoires nordiques. Aussi unique que les gens qui l’habitent.

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