2 juin 2011
Crise de la production porcine
Claude Corbeil vide ses porcheries
Par: Jean-Luc Lorry

L’ancien président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, Claude Corbeil, jette l’éponge en mettant une croix sur l’élevage porcin.

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La Ferme Copor située à Sainte-Rosalie qui produisait annuellement quelque 5 000 porcs prend un nouveau départ en se spécialisant dans la culture à grande échelle du maïs, du blé et du soya.

« Aujourd’hui, je fais un choix d’affaires en arrêtant la production porcine. Être producteur indépendant n’est plus rentable. Cela ne fonctionne plus… », observe avec gravité Claude Corbeil.Commissaire à l’agriculture au CLD Les Maskoutains, cet expert de l’industrie porcine au Québec motive sa décision en démontrant noir sur blanc qu’être producteur indépendant est une profession qui finit par coûter la chemise de l’agriculteur. Pour les quatre premiers mois de l’année, un porc se vendait en moyenne 161,31 $. Pour élever cet animal que l’on a acheté 63,77 $, cela a coûté environ 97,19 $ en alimentation. Résultat : il reste 35 cents dans les poches de l’éleveur pour payer la prime de l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), les frais fixes et subvenir aux besoins de sa famille. Une page se tourne donc pour Claude Corbeil dont la ferme familiale se distingue en production porcine depuis 1966. Cet éleveur n’est pas un cas isolé dans la région à devoir faire face aux difficultés qui s’amplifient dans la production porcine.

Fin des producteurs indépendants?

Voyant que le vent allait tourner, Pierre Desourdy, un producteur porcin de Saint-Valérien, a délaissé il y a un an son statut de producteur indépendant pour faire affaire avec un intégrateur.

Cet agriculteur élève environ 14 000 porcs par année dont il n’est plus le propriétaire. La vente des animaux relève d’un intégrateur, un industriel qui gère l’ensemble de la chaîne en étant propriétaire de meuneries et parfois même d’usines d’abattage et de découpe. Propriétaire des bâtiments, M. Desourdy reçoit un montant pour élever les animaux fournis par l’intégrateur.« Nous sommes très satisfaits de notre choix. Je pense que les producteurs indépendants ne pourront demeurer encore longtemps à leur compte », croit M. Désourdy.De passage à Saint-Hyacinthe, le ministre de l’Agriculture du Québec, Pierre Corbeil, a réitéré son engagement à venir en aide aux entreprises porcines. « Il y a définitivement un avenir pour les producteurs de porcs indépendants au Québec. Je ne voudrais pas que ceux-ci embarquent dans une dynamique de morosité qui les amènerait à prendre des décisions néfastes pour eux, pour l’économie régionale et pour l’économie du Québec », a indiqué en entrevue au COURRIER, le ministre Corbeil. Natif de Saint-Hyacinthe, le ministre de l’Agriculture se trouve à être le cousin de Claude Corbeil. « Nous sommes là avec le programme de soutien à l’adaptation pour aider les producteurs ferme par ferme et même production par production. Là-dessus, nos équipes sont en mode solution », mentionne Pierre Corbeil.La Financière agricole du Québec a devancé de juillet à mai le versement de la première avance de compensation en ASRA. Un montant qui s’élève à 34,7 M$.Jeudi prochain, la direction de la Financière agricole sera entendue par la commission de l’Agriculture à l’Assemblée nationale dans le cadre de la crise de la production porcine.

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