5 mars 2015
CLD : la conclusion
Par: Martin Bourassa

Pour la toute dernière ­assemblée générale du CLD Les ­Maskoutains d’ancienne ­génération prévue dans quelques semaines, il pourrait être pertinent d’offrir aux membres sortants du conseil d’administration une copie du plus récent rapport du Vérificateur général du Québec (VGQ) déposé la semaine dernière.

Le chapitre 6 est consacré en totalité aux Fonds alloués aux centres locaux de développement (CLD) et à leurs pratiques de gestion « non optimales » en regard de l’utilisation des sommes mises à leur disposition pour leur fonctionnement et la gestion de l’aide financière, spécialement le Fonds local d’investissement (FLI).

Ce rapport est l’aboutissement logique et la conclusion heureuse de notre propre enquête amorcée en 2013 sur le CLD Les Maskoutains. Le bureau du VGQ a ­d’ailleurs confirmé que LE COURRIER était « en partie responsable » de son ­intérêt soudain envers les CLD du ­Québec. Il faut rappeler que nous l’avions nous-mêmes mis sur la piste en lui ­acheminant notre enquête explosive du printemps 2013 révélant les lacunes de gouvernance et de reddition de comptes au CLD Les Maskoutains.

Cette enquête s’est ensuite poursuivie sur plus d’une année dans nos pages.

Pas plus tard que l’été dernier, nous ­avions exposé les vases communicants entre les fonds de fonctionnement du CLD Les Maskoutains et son FLI, dont le fonctionnement soit dit en passant n’était pas réellement un modèle de ­rigueur.

Ce rapport devrait aussi servir de ­lecture obligatoire au directeur général de la MRC, Gabriel Michaud. Après la­publication de notre enquête en 2013, il n’avait pas hésité à renvoyer la balle au VGQ. Celle-ci vient de lui revenir en plein front puisque le rapport demande expressément aux autorités responsables ­(ministères ou MRC) qui confient des fonds publics à des mandataires de ­s’assurer que ceux-ci ont mis en place des politiques et des mécanismes de contrôle des dépenses adéquats pour gérer les fonds publics et qu’ils les appliquent­ ­rigoureusement. En limitant son rôle à celui d’une simple courroie de transmission, la MRC avait donc failli à sa tâche sur ce point.

Mais Gabriel Michaud, le CLD et ses administrateurs peuvent cependant se consoler. Ils ne sont pas les seuls à s’être bouché le nez et avoir détourné le ­regard.

Le rapport du VGQ démontre que notre CLD n’avait pas le monopole de la gouvernance toute croche, de la reddition de comptes approximative, des fling-flang interfonds, de l’aveuglement et de la complaisance. Ce n’était guère mieux dans les trois CLD en examen où, note le VGQ, des politiques administratives et des mécanismes de contrôle clés étaient absents. Et malheureusement, nous ne saurons jamais si c’était pire chez nous, même s’il n’est pas interdit de le présumer vu l’ampleur de nos ­découvertes passées en comparaison avec celles du VGQ. Pour la petite ­histoire, rappelons que c’est la ­deuxième fois depuis 2008 qu’un ­rapport du Vérificateur général fait écho au travail journalistique du COURRIER. La première fois, c’était avec le Cégep de Saint-Hyacinthe et ses liens avec ses ­corporations apparentées. Le ­vérificateur général de l’époque, ­Renaud Lachance, ne s’était pas gêné pour encenser le travail du COURRIER, même s’il n’avait pas cru bon creuser nos révélations sur le collège maskoutain. « C’est en partie à cause de la ­qualité du travail qui a été effectué au COURRIER que nous avons choisi ­d’observer d’autres cégeps. On s’est aperçu que le Cégep de Saint-Hyacinthe était suivi de près par des gens indépendants, des journalistes. Vos articles ont fait en sorte que beaucoup de gens se sont réveillés et que des changements ont été apportés dans les mesures de contrôle au cégep. En sachant que c’était si bien surveillé ici, on a choisi d’aller voir ailleurs ce qui se passait. »

Le même raisonnement semble ­s’appliquer au niveau de l’investigation sur les CLD.

Et contrairement au fameux rapport commandé par la MRC à la demande de Québec, puis revu et corrigé par le CLD Les Maskoutains pour se refaire un ­semblant de virginité, on ne peut certes pas prétendre que le rapport du VGQ est biaisé et superficiel. Les détracteurs du COURRIER, ceux qui ont mis en doute la qualité et la justesse des faits vérifiés et vérifiables que nous avons exposés depuis 2013 sur le CLD et ses ­corporations affiliées, sont donc priés d’aller se rhabiller.

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