26 mars 2020
Jean Bédard en entrevue au COURRIER
« Comme patron, on ne peut pas être préparé à ça »
Par: Martin Bourassa

Le Maskoutain Jean Bédard, président et chef de la direction du Groupe Sportscene. Photo gracieuseté

En 25 ans de carrière comme président et chef de la direction du Groupe Sportscene, le Maskoutain Jean Bédard pensait avoir tout vu et être préparé à faire face à n’importe quelle tempête. Il avait tort. La tempête parfaite provoquée par la pandémie de coronavirus, il ne l’a pas vue venir plus qu’un autre.

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« Comme patron, on ne peut jamais être préparé à ça, avouait-il tout de go attablé dans la salle à manger de la Cage Brasserie sportive de Saint-Hyacinthe, quasi déserte en cette fin d’après-midi du 20 mars. Il y a quelques jours, notre défi était la pénurie de main-d’œuvre. Et là, il faut se battre contre un ennemi invisible. »

Celui qui a connu de près la crise du verglas de janvier 1998 estime qu’il n’y a aucun parallèle à faire entre les deux événements. « Le verglas, on savait c’était quoi et comment régler le problème. Mais ce virus-là, on ne sait pas où il frappe et quand il frappe. Et surtout, on ne sait pas quand nous en viendrons à bout. »

Ne pensez surtout pas que Jean Bédard reste les bras croisés en attendant que ça passe. Il est en mode gestion de crise continuelle depuis le fameux jeudi où le gouvernement a imposé des contraintes aux Québécois et aux commerçants.

« Cette journée-là, je venais de déposer mon plan de développement triennal le matin et je devais ensuite m’envoler pour la Floride pour deux semaines de golf. Je n’ai jamais décollé. Je suis sur le gun depuis ce temps-là et je dois prendre de grosses décisions tous les jours. On gère au fur et à mesure des annonces gouvernementales. »

Rapidement, la santé publique a recommandé aux restaurateurs de modifier leurs façons de faire pour limiter les rassemblements et tenir compte du concept de la distanciation sociale. La capacité des salles à manger a été réduite de moitié dans les Cage Brasserie sportive, dont celle de Saint-Hyacinthe. D’autres ont cessé leurs opérations. Le 18 mars, on rapportait déjà 2200 mises à pied dans les restaurants du Groupe Sportscene, sur un total d’environ 3000.

« Je pense que nous avons un rôle à jouer, il faut nourrir le monde. Alors, on se colle aux directives du gouvernement. Nous ne forçons aucun restaurant à ouvrir et aucun employé à travailler. Mais tant que nous pourrons ouvrir et qu’il y aura des gens qui voudront le faire et travailler, nous allons le faire. On se prépare quand même à une fermeture complète des salles à manger, ça s’en vient », anticipait-il vendredi dernier.

Et Jean Bédard avait vu juste. Dimanche, lors de son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a imposé la fermeture de toutes les salles à manger, une mesure qui oblige les restaurateurs à modifier leur approche.

« Il faudra se réinventer, disait M. Bédard à propos de cette éventualité. Il faudra se rabattre sur les repas pour emporter et la livraison. Si les gens ne peuvent plus venir dans les restaurants, il faudra trouver une façon d’acheminer nos repas chez nos clients. Il faudra simplifier notre offre et organiser la livraison, même ici à Saint-Hyacinthe. »

Du pire au meilleur

En homme d’affaires aguerri, Jean Bédard ne se berce pas d’illusions. Il sait pertinemment que la restauration sortira amochée de la crise actuelle, comme bien d’autres secteurs de notre économie. « Il va y avoir un lendemain, c’est certain, lance-t-il. Mais ce ne sera plus jamais comme avant. Des commerces et des restaurants ne s’en remettront pas. C’est la triste réalité. Et pour les autres, le retour à la normale sera pénible, sans doute à l’automne. Je m’attends à une reprise très graduelle. Deux ou trois mois de misère et deux trois mois assez tranquilles. Pour l’industrie des congrès, je ne vois rien de bon avant la fin de 2021. »

Fier Maskoutain et personnage très impliqué dans sa ville, M. Bédard ne s’inquiète pas trop des impacts négatifs de la pandémie sur Saint-Hyacinthe, la jolie. « Je ne suis pas inquiet pour ma ville. La solidarité est très bien implantée chez nous et les gens vont se serrer les coudes comme ils l’ont toujours fait dans les épreuves passées. L’agroalimentaire est solidement enraciné et c’est un aspect qu’il faudra consolider encore davantage au lendemain de cette crise. Celle-ci nous fait réaliser l’importance d’être autosuffisant au niveau alimentaire. Oui, il y aura des deuils à faire, mais nous sommes solides et imaginatifs, et très certainement résilients. Nous allons nous en sortir. »

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