14 août 2014
Employés et résidents dénoncent la situation
Conditions de vie difficiles dans une résidence de Saint-Hyacinthe
Par: Jennifer Blanchette
Tant les employés que les résidents de la résidence Bourg-Joli, de Saint-Hyacinthe, dénoncent les conditions de vie de l’établissement.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Tant les employés que les résidents de la résidence Bourg-Joli, de Saint-Hyacinthe, dénoncent les conditions de vie de l’établissement. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Manque de personnel et entretien ménager bâclé ne sont qu’une partie des conditions avec lesquelles doivent composer les aînés logés à la résidence Bourg-Joli, située sur le boulevard Laframboise, à Saint-Hyacinthe.

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C’est ce que dénoncent des employés syndiqués de la résidence, pour qui la situation n’est guère mieux.

Les trois employés rencontrés par LE COURRIER ont déploré le manque de soins accordés aux bénéficiaires, l’administration de médicaments par du personnel non autorisé ainsi que le non-respect de leur convention collective.

« Tous les frigos sont barrés et lorsque des résidents arrivent après les heures de repas, on ne peut pas les nourrir. J’ai aussi dû remettre des narcotiques alors que selon la loi, je n’étais pas autorisé », raconte un préposé qui a depuis remis sa démission.

La présidente syndicale des centres d’hébergement privé de la Montérégie, Kim Thibodeau, souligne que près de 50 griefs sont toujours en attente d’être réglés et que les demandes de rencontre avec la direction demeurent souvent sans réponse.

Cinq mois se sont écoulés entre les derniers comités de relations de travail et la période de temps alloué en juin fut largement insuffisante, déplore Mme Thibodeau, également infirmière auxiliaire à la résidence Bourg-Joli.

« Pire depuis six mois »

Une résidente rencontrée par LE COURRIER affirme que la situation s’est détériorée depuis les six derniers mois. Celle qui y réside depuis près de deux ans a préféré taire son nom. « Lorsque je vois ce qu’ils [les propriétaires] font aux employés, je n’ose pas me plaindre ou dénoncer », lâche la dame, en faisant allusion au roulement de personnel.

En consultant avec elle son contrat de location, LE COURRIER s’est aperçu que plusieurs clauses ne semblent pas respectées. Entre autres, il est indiqué que l’entretien ménager de la chambre sera fait de façon hebdomadaire alors que le concierge ne passe qu’aux trois semaines, selon la résidente.

Des clichés pris par le personnel laissent voir des planchers sales dans les chambres, des infiltrations d’eau ayant taché les murs et les plafonds et de l’eau s’égouttant dans un seau. Deux photos montrent même des insectes au sol.

Le contrat de location spécifie également que des soins infirmiers sont disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Pourtant, la résidence a récemment envoyé une lettre aux locataires indiquant que les infirmières auxiliaires sont présentes de jour et de soir. Rien n’est spécifié quant aux soins durant la nuit et encore moins pour la présence d’une infirmière. « J’ai déjà fait une crise [liée à sa condition médicale] en pleine nuit et il n’y avait pas d’infirmière pour m’aider, seulement des préposés aux bénéficiaires qui ne savaient pas quoi faire. Les résidents sont angoissés par le taux de roulement du personnel. Les nouveaux ne connaissent pas nos dossiers, ils nous demandent sans cesse quels sont nos problèmes [médicaux] », illustre la locataire.

Du côté alimentaire, la situation n’est guère plus reluisante. Les deux collations incluses au contrat de location ne sont pas données la fin de semaine, en raison du manque d’employés, indique la dame, et la nourriture serait très peu variée.

L’établissement, qui appartient à Rock Musa et Nicole Tremblay, se défend de laisser ses résidents dans de telles conditions. « La résidence procure des services et des soins de qualité et s’assure du bien-être de tous, tant au niveau des employés que des résidents », a démenti l’administratrice de la résidence, Mélanie Legault.

Les propriétaires n’ont pas retourné les appels du COURRIER.

Des reproches de l’Agence de la santé

Pour sa part, Kim Thibodeau croit que la résidence privée pour aînés fait fausse route en se décrivant comme un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Avant d’être remanié, le site Internet de l’établissement comportait une section sur les soins offerts en CHSLD, alors que du côté de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, on stipule que ce n’est pas un CHSLD.

Ces écarts entre l’offre et la réalité avaient déjà été soulevés par l’Agence auparavant. En 2012, lors de sa certification, la résidence Bourg-Joli avait dû modifier une publicité concernant la présence d’une infirmière 24 heures sur 24. La réalité était plutôt une infirmière auxiliaire disponible par téléphone 24 heures sur 24.

En avril 2014, à la suite d’une visite d’inspection par l’Agence, un avis de non-conformité concernant des divergences entre le site Internet de la résidence et l’offre de services a à nouveau été émis. Ce même document comportait sept autres avis de non-conformités, dont la procédure de gestion des plaintes, l’entretien ménager et l’identification des services offerts dans le contrat de location.

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