6 août 2020
Développement du Quartier M
Confusion démasquée
Par: Martin Bourassa

Des élus masqués, donnant l’impression d’être bâillonnés, des citoyens masqués s’exprimant derrière un plexiglas et confinés à la salle voisine. Les premières images provenant de l’assemblée du conseil municipal de Saint-Hyacinthe tenue lundi soir avaient un caractère un peu surréaliste. Tout comme son contenu!

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Il s’agissait de la première séance accessible au public depuis les chambardements provoqués par la COVID-19 au printemps. Et public il y a eu. C’est à guichets fermés que ces retrouvailles ont eu lieu puisque l’on avait limité à 20 le nombre de citoyens autorisés à cette séance. Et c’est le dossier du développement du Quartier M, dans le secteur du boulevard Casavant et des rues Girouard et des Grandes-Orgues, qui sans surprise a volé la vedette. Sans surprise puisque, depuis quelques semaines déjà, la controverse et la confusion règnent dans le district Bois-Joli autour du projet de développement résidentiel et commercial porté par le Groupe Robin et par sa présidente, Nellie Robin. Fait à signaler, elle était d’ailleurs présente lundi soir pour le défendre en présence des citoyens inquiets par la perte de quiétude et la densification qu’il représente à leurs yeux. Mme Robin a des idées, du cran et des convictions. Des critiques, elle en a vu d’autres et elle a plus d’un tour dans son sac. Elle l’a d’ailleurs démontré de brillante façon dans ce dossier.

Aux citoyens qui se sont opposés en nombre suffisant au changement de zonage nécessaire à la réalisation du Quartier M en demandant la tenue d’un registre, elle a riposté en faisant circuler une demande de renonciation à la tenue d’un scrutin référendaire. Cette pétition positive semble avoir eu du succès puisque le nombre de signatures nécessaires pour court-circuiter le registre aurait été atteint.

Ce à quoi les opposants ont riposté en faisant circuler une pétition dans les zones concernées pour exiger que la Ville s’en mêle et bloque le processus. Ils auraient voulu forcer le promoteur à aménager une zone tampon de façon à rallier tout le monde.

Cette pétition citoyenne aurait été signée par pas moins de 120 personnes se trouvant dans les zones contiguës. On comprend donc que plusieurs résidents ont signé à la fois la demande de registre, la pétition positive du promoteur et la pétition citoyenne s’opposant audit promoteur! Il faut le faire, non?

De part et d’autre, on évoque la désinformation pour expliquer cette extrême confusion. Et la Ville de Saint-Hyacinthe n’a pas souhaité tirer cette histoire au clair. Nos élus se sont encore présentés bien assis sur leurs certitudes devant les citoyens. Eux savent ce qui est bon pour les citoyens et rien de ce qu’ils auraient pu dire ou faire lundi soir n’auraient pu les inciter à prolonger leur réflexion.

Les conseillers et les conseillères ont semblé être davantage préoccupés par le sort de deux arbres abattus dans le stationnement du Jean Coutu au centre-ville que par les inquiétudes des citoyens par rapport au devenir du Quartier M.

Unanimement en faveur du projet, le conseil a décidé de laisser se poursuivre le processus réglementaire en sachant à l’avance que le promoteur empêchera, par sa pétition positive, la tenue d’un registre et ultimement d’un référendum. Dommage, car cela aurait été l’ultime moyen démocratique pour s’y retrouver dans toute cette confusion ambiante. Tout est parfaitement légal dans ce dossier, rassurez-vous. Mais pour l’acceptabilité sociale, on repassera.

Un mot au sujet de la conseillère de Bois-Joli, l’effacée Claire Gagné. Celle qui a été louangée par son collègue David Bousquet pour « la grande sensibilité » avec laquelle elle a géré ce délicat dossier a préféré garder le silence tout au long de la séance. Gros malaise. Surtout que Mme Gagné, présidente du comité consultatif d’urbanisme, n’a pas dit un traître mot qui aurait permis de comprendre son point de vue et son choix de tourner le dos aux dizaines de contestataires de son quartier pour embrasser la vision du promoteur.

Cette incapacité à faire valoir son point de vue et à défendre ses idées publiquement est décevante. C’est d’ailleurs un reproche que l’on peut adresser à d’autres conseillers ou conseillères. Démarquez-vous, cessez de briller uniquement en séance plénière et soyez un peu plus volubiles et pertinents en séance publique.

À quinze mois des prochaines élections municipales, le temps est venu de vous réinventer et de sortir de l’ombre.

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