30 juillet 2015
Congrès : la tortue
Par: Martin Bourassa
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Tiens pourquoi ne pas profiter des vacances de la construction pour parler un peu de brique et de mortier. Tout particulièrement du projet de centre de congrès piloté par la Ville de Saint-Hyacinthe, un projet qui semble progresser à la vitesse de la tortue cancéreuse amputée des deux jambes.

C’est en février dernier que la Ville a officiellement annoncé son intention de bâtir un centre de congrès de 72 000 pieds carrés attenant à un hôtel quatre étoiles de 200 chambres sur le site des Galeries St-Hyacinthe.

En février. Il y a cinq longs mois de ça. Depuis? Rien. Le vide. Le néant. Le silence absolu. Aucune mise à jour, aucune annonce. Pour un projet de 50 M$ dans lequel la Ville se propose d’investir 23 M$ d’argent public, de notre argent à nous les Maskoutains, ce silence des autorités n’est pas de bon augure.

C’est encore plus suspect quand on considère qu’au moment de la conférence de presse, le maire Claude Corbeil avait promis dans un élan d’optimisme dont lui seul a le secret que ça irait vite, très vite même vu l’urgence de la situation.

Le maire avait annoncé que le processus d’appel d’offres serait lancé aussitôt qu’au printemps pour une mise en chantier quelque part à l’automne.

Le printemps s’est pointé. Il est même reparti. L’été est bien engagé et toujours aucune trace d’appels d’offres et encore moins de travaux imminents.

Aucune trace tangible de transaction entre la Ville et le propriétaire des Galeries St-Hyacinthe puisque la Ville souhaite bâtir son centre des congrès sur son propre terrain, un lopin de terre qu’elle n’a pas. D’où la nécessité de régler avec les Galeries.

À entendre le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau, lors de la conférence de presse de février, cette transaction ne devait pourtant être qu’une simple formalité.

Même que la Ville avançait que cette acquisition se ferait au prix qu’elle allait elle-même dicter et non au prix imposé par le vendeur. De toute évidence, la négociation entre les deux parties est beaucoup plus complexe que prévu.

À croire qu’ils ne s’entendent pas sur le prix. Cette impasse nous ramène à la stratégie douteuse mise de l’avant par la Ville. En annonçant dès le départ son intention de faire affaire avec les Galeries comme unique partenaire, elle a perdu un précieux pouvoir de négociation. Si elle avait mis les Galeries et le Groupe Robin en concurrence, elle aurait sans doute été en mesure d’imposer davantage son prix et son tempo.

D’autant plus que dans un monde idéal, on s’entendra tous pour dire que la Ville ne devrait pas avoir à sortir le chéquier pour acheter un terrain d’une entreprise qui profitera plus que toute autre d’un investissement municipal de 23 M$.

Mais de toute évidence, la Ville ne mène pas grand-chose et les Galeries n’ont pas autant d’empressement qu’elle à investir dans la relance du tourisme d’affaires.

Ceci expliquant sans doute cela, les autorités municipales ont finalement réalisé qu’elles ne pourraient pas faire lever de terre un centre de congrès et un hôtel comme par magie. L’enthousiasme débordant du début a fait place au test de la réalité.

Dans le meilleur des mondes, on raconte qu’on pourrait choisir les firmes professionnelles responsables de la préparation des plans et devis à la fin août, puis octroyer le contrat de construction à un entrepreneur général à la fin mars 2016.

Ce qui nous mènerait à une pelletée de terre officielle en avril.

Au terme de 17 mois de travaux, notre centre de congrès haut de gamme pourrait ainsi être inauguré quelque part à la mi-septembre 2017. Disons que cet échéancier semble beaucoup plus réaliste que celui qu’on nous a vendu en début d’année.

Les fins observateurs vont aussi retenir qu’une ouverture officielle en septembre 2017 devrait pratiquement coïncider avec la dissolution du conseil municipal actuel puisque les prochaines élections auront lieu en novembre de cette même année.

Celui qui avait promis lors de sa première campagne électorale de régler le conflit de travail de l’Hôtel des Seigneurs aura au moins la satisfaction d’avoir livré un plan B.

Un plan qui va nous coûter au moins 23 M$ si rien ne change d’ici là.

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