1 septembre 2016
Congrès : les défis
Par: Martin Bourassa

Une semaine après avoir appris que Saint-Hyacinthe devra se débrouiller seule pour financer la construction d’un centre de congrès de 30 M$, voilà enfin des bonnes nouvelles dans ce dossier chaud. Il n’est pas trop tôt.

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Après des mois de tergiversations, on connaît maintenant l’identité de l’hôtelier qui accrochera sa bannière sur l’hôtel de luxe qui verra le jour à même le centre de congrès. Un Sheraton ce sera. Et tout un nous promet-on. Un quatre étoiles bâti et aménagé selon les plus hauts standards de qualité. Le plus haut de gamme en dehors des grands centres.

Gageons qu’il nous fera rapidement oublier l’Hôtel des Seigneurs.

Le partenaire d’affaires de la Ville dans la relance du tourisme d’affaires, en l’occurrence la société Beauward, a donc tenu parole et rempli une partie de son mandat en réussissant à convaincre le groupe hôtelier américain Starwood Hotels, propriétaire de l’enseigne Sheraton, de miser sur le potentiel maskoutain.

En début de semaine, la Ville de Saint-Hyacinthe avait pour sa part donné son élan à la construction du centre de congrès on octroyant le contrat de construction de 32,7 M$, taxes incluses, au Groupe Decarel, deuxième plus bas soumissionnaire, à environ 1 M$ plus cher que le plus bas des trois firmes en compétition.

Ce n’est plus qu’une question de jours avant que le gros fun ne commence sur le site des Galeries St-Hyacinthe. Le train est maintenant parti, mais le plus difficile reste à faire. Il faudra maintenant s’assurer que le centre de congrès se réalise à l’intérieur du budget et des délais prévus, ce qui est loin d’être assuré avec un chantier de cette ampleur et de cette complexité. Si la Ville n’a pas été en mesure de construire un centre aquatique et un centre culturel à l’intérieur des budgets de départ, il ne faudrait pas s’étonner qu’elle peine à respecter le budget établi dans le cadre du plus important chantier de son histoire, abstraction faite du dossier de la biométhanisation.

On devra même dénicher et ajouter plus ou moins un autre million de dollars au montant total pour équiper le centre de congrès avant son ouverture.

Les répondants à notre question Internet de la semaine ne se bercent pas d’illusions à ce sujet puisque 90 % des quelque 225 répondants ont dit craindre un dépassement budgétaire. Lors d’un point de presse, le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau, a d’ailleurs convenu que la question relative au respect du budget et de l’échéancier représentait un grand défi pour toute l’organisation. Ce sera même un immense défi.

Une revue de presse à propos de Decarel nous apprend qu’elle a l’habitude des projets d’envergure et qu’elle n’hésite jamais à défendre ses droits.

Parlez-en aux gens de Gatineau où les autorités municipales et l’entrepreneur sortent à peine d’une saga juridique de cinq ans autour de la construction d’un centre sportif de 42,1 M$, qui en aura finalement coûté 52,6 M$. Ou encore aux administrateurs du Centre hospitalier universitaire de Québec. En 2010, ils ont réclamé 2,4 M$ en dommages à Décarel et ses partenaires impliqués dans la construction d’un centre de recherche dont la livraison accusait plus de trois ans de retard et des dépassements de coûts de 7 M$. À ce propos, le DG Bilodeau a fait savoir que le comité de sélection ne s’était pas attardé aux problèmes passés des entrepreneurs en lice.

« L’objectif était de ne pas se laisser teinter par les contentieux ailleurs, dans la mesure où il y en a partout [dans tous les chantiers, peu importe l’entrepreneur]. »

Au sujet de l’échéancier, la Ville cible la tenue de grands congrès pour le début de l’année 2018. Elle a d’ailleurs retenu les services de Michel Douville, l’ancien directeur général du centre de congrès de Lévis, où se trouve un Four Points by Sheraton, à titre d’opérateur de son centre de congrès en devenir. Et ce sans appel d’offres.

C’est un pari pour le moins audacieux. Sans douter de son expertise et de ses compétences, il est à souhaiter qu’il ait les reins solides et les poches pleines. Il vient à peine de créer une nouvelle société de gestion et devra monter une équipe à partir de rien. Pas étonnant que la Ville de Saint-Hyacinthe répète qu’elle n’écarte pas la possibilité de cautionner [endosser] financièrement son opérateur dans la mesure où les premières années s’annoncent difficiles, pour ne pas dire déficitaires. Espérons que ce ne soit que les premières années qui le seront, sinon Saint-Hyacinthe devra venir à sa rescousse de façon récurrente, à l’image de Québec avec le Centre Vidéotron.

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