19 août 2021
Rejet de l’entente de principe chez Olymel Vallée-Jonction
Consternation chez les éleveurs de porcs
Par: Jean-Luc Lorry

Le président des Éleveurs de porcs de la Montérégie est propriétaire avec sa conjointe d’une maternité qui compte 1200 truies avec pouponnières ainsi que de l’engraissement dans la MRC du Haut-Richelieu. Photo gracieuseté

François Nadeau, président des Éleveurs de porcs de la Montérégie, estime que les producteurs porcins vont droit vers la catastrophe si les travailleurs de l’usine Olymel de Vallée-Jonction ne reconsidèrent pas leur décision. Photo gracieuseté

Le conflit de travail qui dure depuis le 28 avril à l’abattoir Olymel de Vallée-Jonction n’a pas trouvé de dénouement cette semaine, provoquant la consternation des Éleveurs de porcs du Québec.

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Réunis mardi soir en assemblée générale à l’Autodrome Chaudière de Vallée- Jonction, les membres du Syndicat des travailleurs d’Olymel Vallée-Jonction (STOVJ-CSN) ont rejeté à 57 % l’entente de principe intervenue entre leur syndicat et la direction de l’entreprise dans la nuit du 13 août.

« Les membres ont décidé de rejeter l’entente de principe, la jugeant insatisfaisante. Nous allons donc aviser l’employeur et nous allons retourner à la table de négociations, toujours en présence du conciliateur », a indiqué brièvement Martin Maurice, président du STOVJ-CSN, par voie de communiqué.

Le Syndicat des travailleurs d’Olymel Vallée-Jonction, qui est affilié à la Fédération du commerce-CSN, représente environ 1050 membres.

L’usine Olymel de Vallée-Jonction abat environ 37 000 porcs par semaine. Actuellement, 150 000 porcs sont en attente d’abattage avec un risque de devoir euthanasier des animaux.

« Je trouve que le syndicat des employés commence à perdre de la crédibilité dans tout ça et n’est pas conscient des contrecoups envers les producteurs. Lorsqu’on a une entente de principe, on doit s’assurer de la respecter. C’est inconcevable », a déploré vivement François Nadeau, président des Éleveurs de porcs de la Montérégie, en entrevue au COURRIER.

M. Nadeau est propriétaire avec sa conjointe d’une maternité qui compte 1200 truies avec pouponnières ainsi que de l’engraissement dans la MRC du Haut-Richelieu. Ses installations représentent un volume de 34 000 porcs annuellement.

« Les éleveurs de porcs doivent assumer toutes les pertes de revenus et les coûts associés à l’euthanasie. On ne veut pas imaginer ce scénario. On travaille avec du vivant, pas avec des morceaux de 2 x 4 qu’on peut empiler dans un garage en attendant que la grève se règle. La situation est plus que critique, il faut agir très rapidement pour éviter la catastrophe », estime M. Nadeau.

Hier, mercredi, le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, a tenu un point de presse pour réagir au rejet de l’entente de principe dans ce dossier majeur pour l’industrie porcine.

« Ce rejet de l’entente est une claque au visage pour nous, producteurs, qui sommes des victimes de ce conflit. Vingt-trois séances de conciliation ont eu lieu, c’est du jamais-vu! Les deux parties ont convenu d’une entente, mais les employés l’ont rejetée. Les pertes financières sont énormes, la détresse psychologique des éleveurs est omniprésente, les porcs s’entassent dans les fermes, nous craignons pour le bien-être de nos animaux, sans oublier le spectre du gaspillage alimentaire qui pointe à l’horizon », a indiqué M. Duval, qui possède une ferme porcine à Sainte-Hélène-de-Bagot.

Devant le contexte actuel, les Éleveurs de porcs du Québec demandent une intervention du premier ministre François Legault.

Olymel sous le choc

La direction d’Olymel, dont le siège social est situé à Saint-Hyacinthe, ne s’explique pas la décision de certains travailleurs de rejeter une entente qui avait été recommandée par la partie syndicale.

« Nous sommes sous le choc. Actuellement, les employés de l’usine de Vallée-Jonction reçoivent un salaire qui est 21 % supérieur à celui offert par nos compétiteurs. Dans la proposition qui vient d’être rejetée, cet écart serait passé à 35 %, ce qui est parmi les meilleures conditions de travail dans notre domaine en Amérique du Nord. Nous sommes incapables de remettre de l’argent sur la table. Il y a une capacité de payer qu’il faut respecter dans une entreprise », a mentionné mercredi Paul Beauchamp, 1er vice-président d’Olymel, en entretien téléphonique au COURRIER.

Le dirigeant mentionne que les travailleurs demandent une augmentation de l’ordre de 51 % sur une période de trois ans et demi.

« Les travailleurs peuvent reconsidérer la décision qu’ils ont prise mardi. Il y a matière à réflexion. Ils auront l’odieux de l’abattage et du gaspillage alimentaire », a conclu amer M. Beauchamp.

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