28 janvier 2016
Contradiction Avenir Québec
Par: Le Courrier

Le 5 janvier, les souverainistes ont dû démarrer la nouvelle année en béquilles à la suite de l’annonce de Stéphane ­Gobeil, ex-conseiller de Pauline ­Marois et de Gilles Duceppe, de ­changer du camp indépendantiste pour la fameuse CAQ. Ce dernier aurait vu ­l’urgence de défaire le monopole ­libéral en répondant à l’appel de ­François Legault, qui appelait justement au ­ralliement des trois partis nationalistes de l’opposition (PQ, CAQ, QS), au lieu de brandir le projet de ­l’indépendance.

J’ai personnellement trouvé cette ­nouvelle bien intéressante, notamment pour notre représentante provinciale de la CAQ, Chantal Soucy, que je connais bien pour son anti-indépendantisme ­militant. En effet, laissons-nous aller à un exercice de la philosophie nationaliste prônée par notre très chère députée, ­témoignant de sa réaction face aux ­résultats des dernières élections ­fédérales : « La défaite du Bloc québécois ne me surprend pas, car je n’avais pas senti d’engouement dans la région. Je suis surtout contente pour la ­circonscription puisqu’il n’y a rien à ­gagner avec le Bloc. Ce n’est pas un parti en bonne position pour négocier [avec le gouvernement]. »

Pour Mme Soucy, on ressent que le ­dialogue avec le Bloc Québécois, – qui pourtant, avait à maintes reprises ­répété durant la campagne que la ­souveraineté se ferait à Québec, et non à Ottawa -, aurait été bien froid s’il ­s’était avéré que ce dernier gagne lors des dernières élections fédérales. Fort acceptable, si cette critique avait été égale pour les autres partis. En effet, seul le Bloc québécois a été visé dans les ­critiques véhémentes de la ­députée ­provinciale sur la dernière ­campagne ­fédérale. Aucune critique contre la ­démagogie et le populisme usé du Parti conservateur et de Stephen Harper!

Et du côté libéral, elle affirme qu’« au moins, un gouvernement majoritaire ­signifie une stabilité pour le Canada. » La stabilité! La stabilité est-elle la ­soumission devant l’héritier libéral? ­Est-ce qu’une nation stable est une ­nation qui garde mutisme devant la tyrannie sur sa langue et sa culture? Justin Trudeau a pourtant bien affirmé qu’il « ne voit aucune raison de rouvrir la constitution ». Si Chantal Soucy se dit nationaliste, comment se ­positionne-t-elle devant un premier ­ministre qui semble ne suivre que les traces de son père qui n’a fait que forcer les Québécois à vivre dans un pays totalement inique à leur position et qui nie constamment leur différence identitaire?

De plus, notre représentante affirme que « les gens veulent entendre parler de création d’emplois, pas de souveraineté », et que « ( … ) la souveraineté n’est pas une option pour assainir les finances de la province et encore moins pour ­améliorer les relations avec le gouvernement fédéral ».

Je pourrais bien faire une critique sur la vision technocratique de notre ­députée qui ne semble voir la politique comme n’étant rien de plus fameux que le ­combat entre différents ­comptables qui ne cherchent comme ­objectif que l’efficacité gestionnaire. Je préfère plutôt terminer par ce propos de M. Gobeil, à la ­conviction ­identitaire aux antipodes de la vision de notre représentante, qui, lors de son ­passage à la CAQ, affirmait qu’il « pense encore que le Québec serait mieux servi par lui-même à tous points de vue, que l’indépendance demeure la ­meilleure option politique pour un peuple comme le nôtre. » Rappelons que Stéphane Gobeil est reconnu pour avoir écrit en 2012 « Un gouvernement de trop », un bouquin faisant le rapport complet des économies qu’un Québec souverain pourrait détenir comparé à son présent statut provincial.

Ce qui revient à reconsidérer la crédibilité de la Coalition Avenir Québec. Un parti qui n’est pas capable de se donner un axe concret et clair sur une question aussi primordiale que notre identité n’a pas sa place dans l’espace public. Nous, Québécois, ne sommes pas qu’un peuple identique aux autres provinces ­canadiennes et notre différence doit être scandée haut et fort. Si Mme Soucy se dit « nationaliste », qu’elle le prouve, et maintenant.

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