21 mars 2013
Coupures à l’aide sociale : l’art de s’attaquer aux plus pauvres
Par: Le Courrier
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Inadmissible, illogique, incompréhensible… Les mots nous manquent pour qualifier les mesures adoptées en catamini par le gouvernement Marois sur l’aide sociale. On ne peut s’empêcher de penser qu’encore une fois, on préfère s’attaquer aux plus pauvres alors que le rôle d’une société devrait être plutôt de les soutenir et de faire preuve de compassion.

Sous prétexte de réinsérer les gens à l’emploi, le gouvernement du Québec réduira les prestations de 129 $ aux familles ayant des enfants de moins de 5 ans, aux personnes âgés de 55 à 58 ans ainsi qu’aux toxicomanes qui suivent une thérapie. La ministre Agnès Maltais entend plutôt diriger les prestataires vers le marché du travail ou, à tout le moins, vers des mesures d’employabilité en rehaussant leurs prestations de 195 $. À notre avis, ces objectifs relèvent de la pensée magique. On parle ici de gens fragilisés, souvent peu scolarisés et dont la vie a été parsemée d’embûches. Difficile de penser qu’ils pourront facilement combler les nombreux postes qui seront à pourvoir sur le marché du travail ou même retourner sur les bancs d’école. Quant aux jeunes parents, ils sont beaucoup plus utiles à s’occuper de leurs enfants dans leurs premières années de vie. À l’ACEF Montérégie-est, les personnes qui reçoivent l’aide sociale représentent 35 % des gens que nous rencontrons. Vivre avec 604 $ par mois (sans contrainte au travail) ou 733 $ (avec contrainte temporaire) est pratiquement impossible, à moins de vivre en HLM ou de bénéficier de l’aide alimentaire. Chaque jour, nous rencontrons des gens désemparés, qui ne ne réussissent plus à subvenir à leurs besoins de base et qui vivent continuellement en situation de survie. Comment peuvent-ils se trouver un emploi dans ces conditions? C’est bien beau les mesures d’employabilité mais qu’arrivera-t-il lorsque les gens qui s’y seront inscrits n’auront pas trouvé d’emploi? Leur revenu baissera alors à 604 $ et, au bout du compte, leur situation n’aura fait qu’empirer. Derrière cette « réforme », il n’y a qu’un objectif : celui de réduire les dépenses de l’État. Pourtant, selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le nombre d’adultes prestataires de l’aide sociale a diminué de 7 000 personnes environ depuis un an, soit une baisse de 3,2 %, tendance qu’on observe depuis le début des années 2000. Dans ce cas, on comprend difficilement qu’un gouvernement qui se dit social-démocrate cible encore davantage les plus pauvres de notre société. Si la ministre Maltais veut sortir les gens de la pauvreté, comme elle le prétend, elle devrait bonifier les incitatifs pour participer à des mesures d’employabilité au lieu de réduire les prestations.

Roger Lafrance, coordonnateur ACEF Montérégie-est

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