23 avril 2020
Forum
COVID-19, alzheimer, espoir et amour
Par: Le Courrier

Petite maman a 88 ans. Un anniversaire qu’elle a passé à l’hôpital, le 6 février. Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle avait été hospitalisée à cause d’un épisode psychotique qui commençait, avec raison, à inquiéter les responsables de la résidence pour personnes âgées où elle vivait depuis près de deux ans, de manière semi-autonome.

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C’est pendant ce séjour qu’un médecin nous a dit, à mon frère et moi, que nous devions trouver un autre lieu de vie, plus approprié à son état de santé. Celui-ci déclinait rapidement depuis quelques semaines.

Avec l’aide d’une conseillère formidable, nous avons trouvé une unité de soin et elle a pu sortir de l’hôpital le 5 mars. Puis, c’est mon corps à moi qui a lâché : une bronchite. J’aurais voulu être près d’elle pour l’aider à surmonter cet autre changement dans sa vie, après cinq semaines à l’hôpital où ce n’était déjà pas évident dans son état. J’ai évité de retourner la voir. Je voulais la protéger.

Puis, la COVID-19 s’est installée partout et l’accès aux résidences de personnes âgées a été interdit. Depuis, je vis avec la peur que petite maman ne me reconnaisse plus, chaque fois que je l’appelle. Une conversation au téléphone avec une personne atteinte de cette chienne de maladie n’est pas toujours évidente.

Dans les faits, il y a des jours pas si mal et des jours plus ardus. Elle raconte être allée magasiner ou qu’elle nous a vus en allant se promener. D’autres fois, elle n’est pas bien. Une personne vit avec elle et l’empêche de faire ce qu’elle veut. Elle ne mérite pas qu’on la laisse ainsi, dans un endroit comme ça, après tout ce qu’elle a fait pour nous… Ces jours-ci, on réussit à rire ou à pleurer ensemble, en jasant ou en écoutant de la musique.

Petite maman a 88 ans. Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ce sera long avant que nous puissions reprendre le cours de nos vies. Pendant ce temps, petite maman perd la boussole et moi, j’essaie de rester saine d’esprit et de corps.

Je veux saluer leur travail et remercier les personnes qui prennent soin des patients comme ma mère, au quotidien.

Là où elle vit actuellement, il n’y a pas de cas de COVID-19 aux dernières nouvelles. On se croise les doigts, sans trop se faire d’illusions. Il y a des nuits plus courtes que d’autres.

J’aimerais aussi remercier la Société Alzheimer qui soutient les personnes comme moi qui vivent avec cette difficile réalité d’un proche qui perd ses facultés sans trop s’en rendre compte parfois. Ma mère a résisté comme la combattante qu’elle a longtemps été, mais depuis des mois, c’est plus ardu. Elle ne le sait pas vraiment, mais son entourage, oui.

Grâce à la Société Alzheimer, j’ai pu acquérir des connaissances et des outils et, surtout, la force de traverser cette épreuve, même s’il y a des jours où ça me déstabilise plus que d’autres.

Merci à Sylvie Desbiens qui fait un travail remarquable et salutations aux filles du groupe de soutien du mercredi soir. Des proches aidantes avec chacune une histoire déchirante dans le cœur. Nos discussions me manquent. La distanciation sociale, essentielle en ce temps de pandémie, est une grande douleur pour les proches aidants, coupés des êtres qui leur sont chers et qui sont malades. Savoir qu’on la partage avec d’autres, ça aide un peu.

Petite maman me manque. Je garde espoir. Et malgré toutes les mésententes et prises de bec qu’on a pu avoir dans notre vie, je sais maintenant que je l’aime.

Denyse Bégin, Saint-Hyacinthe

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