27 février 2013
Cri du coeur d’employés non syndiqués de l’Hôtel des Seigneurs
Par: Le Courrier
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Nous travaillons à l’Hôtel des Seigneurs, certains depuis quelques années. Nous aimons notre emploi parce qu’il nous permet de faire un travail que nous adorons, de côtoyer des gens formidables (collègues syndiqués ou non et clients) et de partager avec plusieurs d’entre eux expériences, peines et bonheurs.

Nous aimons aussi notre emploi, entre autres, parce que nous n’avons pas à affronter les embouteillages interminables des grandes villes, nous n’avons pas à passer plusieurs heures par jour sur la route et nous n’avons pas à cherecher (ni à payer) quotidiennement un stationnement. Bien entendu, nous sommes conscients que nous n’avons pas le même revenu que si nous travaillions dans la grande ville, mais c’est la concession que nous avions à faire pour avoir une qualité de vie en accord avec nos valeurs.Depuis le 26 octobre dernier, nous « subissons » un conflit de travail. Nous n’avons jamais vécu une situation aussi désolante. Ce qui est désolant, c’est de voir nos collègues, syndiqués ou non syndiqués, sans travail malgré eux, c’est de comptabiliser tous les événements qui ont dû être annulés, c’est de se promener dans des corridors vides, c’est de savoir que les commerçants des environs en subissent eux aussi les conséquences et de comprendre que, finalement, c’est probablement l’économie de la Ville de Saint-Hyacinthe, peut-être même celle de la région, qui en est affectée.Ne cherchons pas à savoir qui a raison ou qui a tort. Nous ne connaissons probablement pas assez le dossier pour porter un tel jugement. Ce que nous sommes en mesure de juger, c’est qu’une entreprise ne peut pas fonctionner longtemps à ce rythme. On parle maintenant de plusieurs millions de moins en revenus sans compter que toutes ces annulations auront des conséquences pour plusieurs années à venir. L’Hôtel roule à perte, c’est évident, et comme n’importe quelle autre entreprise, les propriétaires doivent prendre des décisions pour cesser cette hémorragie, la solution la plus logique et la plus efficace étant la vente de la propriété.Vous direz que ce ne serait pas la première fois qu’il y aurait un changement de propriétaires… et vous avez raison.Aujourd’hui, nous nous faisons les porte-parole de tous ceux qui n’osent exprimer leur crainte : l’Hôtel sera-t-il vendu à des promoteurs pour son emplacement seulement comme ce fut le cas pour l’Hôtel Gouverneur Ste-Foy il y a quelques années ou comme l’Hôtel Maritime à Montréal qui a fermé définitivement ses portes le 18 février? Car, contrairement aux autres fois où il y a eu changement de propriétaires, qui voudra se porter acquéreur d’un hôtel non rénové (avec ou sans centre des congrès), dont les employés sont en arrêt de travail, dont le chiffre d’affaires a dramatiquement chuté depuis bientôt quatre mois et dont les perspectives de rentabilisation sont quasi nulles avant plusieurs années?Certains pensent-ils que l’Hôtel ne peut pas disparaître du territoire maskoutain? Pourquoi ne le pourrait-il pas? Au même titre que le propriétaire peut vendre sa résidence à qui il veut, les propriétaires d’un hôtel peuvent vendre leur propriété à n’importe quel acheteur peu importe à quelles fins serait destinée l’acquisition. Est-ce que quelqu’un se rappelle des Steinberg, Dominion, Dupuis Frères et plus spécifiquement à Saint-Hyacinthe, les Penmans, GoodYear, Kimberly Clark, et tous ces autres « géants intouchables » qui sont disparus?Nous avons peur… Nous voyons nos emplois se diriger inévitablement sur le « mur » du non-retour. Non seulement nous avons peur, mais nous en sommes tous tristes. Tout au long des années, nous avons vu les conditions de travail s’améliorer de façon considérable (salaires, assurances, congés mobiles, jours de maladie, fonds de pension, vacances, etc.). Pourquoi tous ces acquis serait-ils détruits? À qui parmi l’ensemble des employés, cette éventualité pourrait-elle bien être profitable? Les enjeux de ce conflit sont-ils bien énoncés et réalistes?Nous souhaitons sensibiliser tous ceux qui ont choisi de travailler à l’Hôtel pour les mêmes raisons que nous. Vous vous reconnaissez? Discutez-en, posez des questions, demandez des éclaircissements, évaluez les priorités, pour nous aider à sauver « votre » emploi comme celui des 252 autres personnes qui travaillent avec vous.Si, comme nous, la survie de l’Hôtel vous tient à coeur, faites entendre vos voix. Une personne seule ne peut arrêter le mouvement, mais tous ensemble, nous ferons peut-être des miracles…

Cette lettre a été signée par 29 employés non syndiqués de l’Hôtel des Seigneurs

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