9 mai 2019
Forum
Crise des médias : deux gouvernements, deux visions différentes
Par: Le Courrier

Les mois passent et les revenus des médias de masse au pays fondent comme un iceberg dans la calotte polaire de l’Antarctique. Sensibilisés sur la question, les gouvernements du Québec et d’Ottawa prennent le taureau par les cornes en posant des gestes concrets, mais avec des positions qui, elles, sont diamétralement opposées.

publicité

Un peu plus tôt cette semaine, l’ancienne ministre de l’Environnement du dernier gouvernement libéral, Isabelle Melançon, a interpellé la ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy sur la question de la crise qui frappe nos médias partout dans la province.

La réponse est sans équivoque : il faut agir. Une motion a même été adoptée pour revoir les politiques publicitaires des institutions publiques afin de consacrer une part plus importante des publicités dans l’ensemble des organes de presse de la Belle Province.

La cohérence est visible. Après avoir promis un seuil minimum pour les contrats octroyés par les organismes publics et parapublics du gouvernement dans ses appels d’offres afin de favoriser le contenu local, le gouvernement Legault fait à nouveau preuve de discernement.

Contrairement au gouvernement Trudeau, pas question de gruger les fonds publics, seulement orienter les dépenses déjà existantes vers les canaux appropriés. On se responsabilise face à la crise. Chapeau bas!

Dans une guerre aux allures de David contre Goliath, les médias traditionnels doivent vivre dans un nouvel univers numérique où les balises sont déterminées par son compétiteur direct, les membres du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Inutile de vous dire que les algorithmes utilisés par ces géants américains du web ne sont pas très avantageux pour nos médias québécois.

Le gouvernement du Québec dépense des millions de dollars en publicités quand on constate l’étendue des deniers publics utilisés pour diffuser des concours, des publicités, des offres d’emplois ou encore plusieurs autres messages d’intérêt public. Maintenant, imaginez l’enveloppe budgétaire d’Ottawa!

Différents médias du Québec ont publié ces données accablantes en juin 2018, alors que le gouvernement canadien a octroyé directement ou indirectement 1,3 milliard de dollars à Facebook et Google soit en publicité ou grâce à une déduction fiscale pour les employeurs.

Est-ce que les centaines de rencontres avec des lobbyistes du GAFA chaque année auraient une incidence sur le fait que chacune de ces entreprises ne paie aucune taxe ou aucun impôt en sol canadien? Fort à parier qu’il y a une certaine corrélation existante.

Dans un rapport du Canadian Media Concentration Project de l’Université Carleton, les revenus publicitaires canadiens des géants américains en 2016 représentaient 3,9 G$, alors que tous les médias canadiens touchaient 3,1 G$ sur la même période.

Inutile de vous expliquer que l’écart s’est accentué au cours des trois dernières années. À eux seuls, Google et Facebook touchent désormais 72 % des publicités numériques au Canada.

Pendant ce temps, le ministre des Finances Bill Morneau a annoncé un crédit d’impôt de 25 % sur la masse salariale dans les salles de rédaction. Toutefois, une liste de critères exhaustive exclut une imposante partie des salles de presse indépendantes ou spécialisées ici, au Québec.

L’aide du gouvernement fédéral est estimée à une économie de 595 millions de dollars pour les salles de presse écrite jusqu’en 2023-2024, mais le problème persiste. La cannibalisation des revenus publicitaires par le GAFA est le nerf de la guerre.

Voilà le véritable enjeu auquel Justin Trudeau doit s’attaquer. N’aurait-il pas été plus simple pour Ottawa de réorienter une imposante part de son budget publicitaire vers les médias au pays?

La preuve que capacité n’est pas toujours compatible avec la volonté!

Carl Vaillancourt, Saint-Hyacinthe

image