2 avril 2015
Cyberintimidation : les mots qui se transforment en maux
Par: Jennifer Blanchette
L’auteure et conférencière, Andrée Décarie, a sensibilisé les élèves de l’école Fadette aux conséquences de la cyberintimidation.  Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

L’auteure et conférencière, Andrée Décarie, a sensibilisé les élèves de l’école Fadette aux conséquences de la cyberintimidation. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Les histoires d’horreur liées aux dérapages du web chez les jeunes sont malheureusement trop fréquentes. Photos compromettantes, fausses rumeurs dégradantes ou même exploitation sexuelle en ligne ne sont que quelques exemples de cyberintimidation, la version 2.0 de l’intimidation. L’auteure Andrée Décarie a profité de son passage à l’école secondaire Fadette pour sensibiliser les jeunes aux conséquences de ce fléau internet.

« La cyberintimidation, c’est l’intention de faire du mal », a d’abord décrit la romancière, qui était à Saint-Hyacinthe dans le cadre de la Foire du livre.

Pour avoir fait carrière en sécurité informatique et en détection des cyberfraudes, Andrée Décarie en connaît un rayon sur les différents types de cyberintimidation tels que l’autoexploitation (sexting) ou la cyberpornographie juvénile et ses conséquences.

« Au Québec, il y a environ 1 000 suicides par an dont 80 sont liés à la cyberintimidation », a-t-elle affirmé devant une classe de 5e secondaire de l’école Fadette.

Le taux de suicide n’est pas le seul chiffre alarmant. Dans le cas de l’autoexploitation, 86 % des situations se traduisent par un agresseur de 25 ans qui manipule une jeune proie de 13 ans, lui demandant généralement de faire parvenir des clichés compromettants d’elle-même avant de la menacer de les diffuser sur le web.

Scandalisée par le peu d’aide offerte aux victimes, l’auteure a choisi d’écrire un thriller Alice au pays des cybercriminels, le cri de révolte des sans-voix afin de donner la parole aux victimes.

« Le Québec est la seule province canadienne à avoir un taux d’abus et de cybercrimes en augmentation. Il faut des lois plus sévères et davantage de programmes de prévention dans les écoles «, soutient Andrée Décarie.

Elle aimerait d’ailleurs que le registre des délinquants dangereux devienne accessible sur Internet au Québec et que les peines pour les agresseurs soient cumulatives plutôt que concurrentes (actuellement, un individu est emprisonné pour la sentence la plus longue plutôt que pour l’ensemble des crimes pour lesquels il a été jugé), tel que proposé dans le projet de loi C-478 à la Chambre des communes.

II faut que ça cesse

« Quelle est la différence entre la cyberintimidation et l’intimidation? », a demandé une élève à la fin de la conférence.

D’après Andrée Décarie, dans le premier cas, les actes de méchanceté se poursuivent même après l’école, tandis que dans le second, l’agression se déroule en face à face et cesse au son de la cloche.

En ce sens, le rôle des témoins devient primordial pour mettre un terme à la cyberintimidation. « Les intimidateurs cherchent un public. Il faut que les témoins de ces actes les dénoncent pour ne pas devenir complices », explique Mme Décarie.

Les parents jouent aussi un rôle-clé au niveau de la prévention. « Ils doivent informer leurs enfants que lorsqu’ils sont sur Facebook, ils ne sont pas seuls dans leur chambre. Tout le monde peut voir ce qu’ils publient. C’est important d’éduquer les adolescents sur le respect de sa personne et de leur expliquer que la pornographie, par exemple, n’est pas une représentation de l’amour. »

Si la technologie et son accessibilité peuvent sembler à l’origine du problème de cyberintimidation, Andrée Décarie refuse de diaboliser le web pour autant. « La technologie est un important outil de justice sociale et il ne faudrait pas oublier que derrière les machines, il y a des humains », conclut-elle.

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