17 octobre 2019
Saint-Pie
DDI talonnée par l’Environnement
Par: Benoît Lapierre

Photo François Larivière | Le Courrier©

Le centre de tri DDI, du Grand rang Saint-François à Saint-Pie, fait l’objet d’une enquête du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Photo François Larivière | Le Courrier©

Le centre de tri DDI, de Saint-Pie, qui reçoit et traite des matériaux secs sur son site du 750, Grand rang Saint-François (route 235), éprouve des difficultés à se conformer aux conditions apparaissant au certificat d’autorisation qu’il a obtenu du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCCC) le 18 mai 2018.

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Lors d’une inspection de conformité réalisée par le Ministère six mois plus tard, le 18 octobre 2018, des manquements aux conditions apparaissant au permis ont alors été constatés. Cette autorisation concerne le tri et la récupération de matières résiduelles provenant du secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition (CRD) pour une capacité maximale annuelle de 150 000 tonnes.

Lors de l’inspection, le Ministère a noté que des CRD triés et non triés étaient entreposés à l’extérieur en grande quantité, « alors que l’autorisation stipule que toutes les opérations de déchargement, d’entreposage et de tri doivent être effectuées à l’intérieur du bâtiment. À noter que certaines matières résiduelles (MR) non valorisables entreposées sur le site sont envoyées vers des destinataires qui ne sont pas des lieux autorisés par le Ministère », a indiqué dans un courriel Daniel Messier, conseiller en communication et porte-parole régional du MELCCC, en réponse aux questions du COURRIER au sujet de la conformité du site DDI.

Il ajoute que, lors de la dernière inspection, faite le 4 avril 2019, des dérogations à l’autorisation avaient été à nouveau constatées, dont la présence de plusieurs milliers de tonnes de MR entreposées à l’extérieur, de sorte qu’un autre avis de non-conformité a été envoyé à DDI le 2 mai 2019.

« Le Ministère suit ce dossier de près et n’écarte aucun recours pour faire cesser ces activités illégales. En effet, ce dossier fait présentement l’objet d’une enquête, en vue de possibles poursuites au pénal. Ainsi, le Ministère n’émettra aucun commentaire supplémentaire pour ne pas nuire au processus en cours », termine M. Messier dans son message d’il y a quelques jours.

DDI exploite l’emplacement de 67 hectares dont elle a fait l’acquisition à la suite de la faillite de la firme Métaux Picard survenue il y a trois ans. Joint par LE COURRIER, le président de DDI, Patrick Dillaire, a expliqué que l’accumulation de matériaux sur le site, dont deux montagnes de résidus de bois, allait cesser lorsqu’il pourrait utiliser la déchiqueteuse de bois dont il a fait l’acquisition au coût de 350 000 $. « Il me faut un permis de l’Environnement pour utiliser cette machine, et je suis en attente de ce permis depuis huit mois », déplore-t-il.

Il nie catégoriquement l’affirmation du MELCCC voulant que des résidus du tri soient expédiés vers des lieux non autorisés. « Impossible. On est aussi examiné par Revenu Québec et on n’enverrait pas ça dans des sites non conformes », soutient-il. Il a précisé que pour les résidus de bois, l’usine Top Bedding d’Ange-Gardien (ripe, litière) et Kruger (cogénération à la biomasse) constituaient ses principaux débouchés. « Tout est récupéré, et la “fine” [particules de béton, brique, gypse, verre, laine isolante, etc.] est envoyée à Trois-Rivières », souligne-t-il.

À la Ville de Saint-Pie, le maire, Mario St-Pierre, reconnaît que le site de DDI fait l’objet de discussions depuis des mois. « Nous avons rencontré M. Dillaire à plusieurs reprises. Les premières fois, il est venu à l’hôtel de ville, et je suis aussi allé sur le site en avril avec des membres du conseil. J’y suis aussi retourné vendredi passé [le 4 octobre] et j’ai fait le tour du site avec lui. Il y a des amoncellements de stocks qui n’ont pas été triés, les voisins se plaignent de ça et c’est normal. M. Dillaire le sait, la Ville a déposé une plainte à l’Environnement. On a envoyé un document au cabinet du ministre, avec copie conforme à la députée Chantal Soucy. C’est sous enquête depuis le mois d’avril, mais on ne sait pas où ça en est, l’Environnement ne nous parle pas », a indiqué le maire St-Pierre.

Il a ajouté que M. Dillaire lui a fait la promesse que tout le matériel non trié allait disparaître du site d’ici le 31 octobre. « C’est à voir parce que moi, je vais être là, le 31 octobre. Le Ministère émet des permis et après, c’est la municipalité qui ramasse les pots. Que ces produits-là soient entreposés à l’extérieur, c’est inacceptable. En agriculture, on se fait ramasser royalement pour bien moins que ça », a-t-il conclu.

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