5 décembre 2013
De Tourisme Montréal au CLD
Par: Martin Bourassa

Ces derniers jours, le rapport du Vérificateur général du Québec a fait beaucoup de bruit, particulièrement en ce qui concerne Tourisme Montréal.

Le Vérificateur a mis à jour les dépenses et le traitement somptuaires du directeur général, Charles Lapointe, ainsi que certaines manoeuvres douteuses en regard des règles fiscales. Outre un traitement annuel frôlant les 400 000 $ entre 2011 et 2013, il a quitté l’organisme après 25 ans de services avec une indemnité de départ de 654 000 $, entre autres choses. Ces révélations ont embarrassé bien du monde, à commencer par le gouvernement et les administrateurs de Tourisme Montréal qui ont tous plaidé l’ignorance, comme de raison. Le refrain est connu.Le ministre délégué au Tourisme, Pascal Bérubé, a dès lors annoncé que dorénavant les conditions salariales, les allocations et autres avantages seront rendus publics dans les rapports annuels de Tourisme Montréal, une organisation indépendante.À Tourisme Montréal, un membre actuel et une ex-membre du C.A. ont confié au journal Le Devoir qu’ils n’ont jamais été mis au courant du salaire, des notes de frais et de l’indemnité de départ de Charles Lapointe. « On va poser des questions… On manquait d’informations, c’est clair. » Tout cela me ramène au dossier de la gouvernance du CLD et de la Cité de la biotechnologie et le rôle des administrateurs.D’abord, loin de moi l’idée de faire des rapprochements entre le traitement, les dépenses et les façons de faire de Charles Lapointe et de Mario De Tilly, qui dirige le CLD, la Cité et le Centre de développement pharmaceutique (CDP).Mais je ne peux m’empêcher de voir des similitudes au niveau du peu de transparence entourant ces organisations et le rôle complaisant joué par leurs conseils d’administration. Mis au fait de certaines irrégularités relevées par LE COURRIER au printemps, des administrateurs du CLD et de la Cité avaient eux aussi plaidé l’ignorance au sujet, entre autres, des cartes de crédit, des comptes de dépenses remboursés sans approbation, de l’embauche passée du beau-fils du DG et du traitement du DG.« Mario De Tilly fixe le salaire de tout le monde. Et qui fixe son salaire à lui, ça, c’est une bonne question. Je n’ai jamais vu son contrat (…) Il y a un budget à respecter. S’il y avait une dépenses exagérée dans un poste budgétaire précis, le drapeau se lèverait. Le moyen de surveillance, c’est le budget », avait déclaré Alain Leclerc, membre des comités exécutifs du CLD et de la Cité. « Notre système repose sur 99 % de confiance et 1 % de doute », avait ajouté Donald Côté, administrateur du CLD.Or, il est désormais acquis que la confiance aveugle n’est de mise nulle part.Les bénévoles qui acceptent des postes sur des C.A. doivent savoir que ceux-ci n’ont rien d’honorifiques et qu’ils viennent avec de grandes responsabilités, dont celles de poser des questions délicates. Mais encore faut-il avoir le courage, la volonté de le faire et une vue d’ensemble. Mais avoir une vue d’ensemble est impossible à Saint-Hyacinthe puisque pratiquement personne n’a accès à la fois aux rapports annuels, aux états financiers, aux salaires et dépenses détaillés du CLD, de la Cité et du CDP qui sont trois sociétés affiliées, interreliées et dirigées par M. De Tilly. Cela soulève aussi des questions sur la façon dont sont recrutés les administrateurs de ces C.A., leurs compétences et leur relation à l’égard du DG qu’ils ont la responsabilité d’encadrer. Bon ami de Mario De Tilly, André Barnabé vient par exemple d’accepter la présidence par intérim de la Cité de la biotechnologie, lui dont le fils travaille pour M. De Tilly.Cette première annonce publique après un soi-disant resserrement des règles de gouvernance suggère que la direction de la Cité a une éthique bien élastique. « Les membres du conseil n’avaient pas un grand intérêt pour la gouvernance. Ce qui nous intéressait, c’était comment attirer plus de touristes à Montréal », a dit le président démissionnaire de Tourisme Montréal. Localement, des administrateurs actuels et passés m’ont dit exactement la même chose à propos des membres du CLD et de la Cité. Tout ce qui les intéresse, c’est comment attirer le plus d’entreprises et d’investissements à Saint-Hyacinthe. Tout le reste, à savoir comment et à quel prix, importe peu, tant que les résultats sont au rendez-vous. J’espère que le Vérificateur général prend des notes.

image