17 juin 2021
Exposition Vers des cycles mouvants
Déconstruire la hiérarchie entre le matériau et l’humain
Par: Maxime Prévost Durand

L’exposition collective Vers des cycles mouvants, qui regroupe les œuvres de trois artistes, sera présentée à Expression jusqu’au 12 septembre. Photos François Larivière | Le Courrier ©

Et si l’être humain n’était pas supérieur aux matériaux qui l’entourent. Que l’on prenait conscience que les matériaux ont leur propre vie lorsque celle-ci n’est pas altérée et que leur présence n’est pas exclusive aux fins de l’humain. Ce concept, appelé néomatérialisme, est au cœur de l’exposition Vers des cycles mouvants, présentée jusqu’au 12 septembre à Expression, centre d’exposition et au Jardin Daniel A. Séguin.

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« Le néomatérialisme, c’est un gros mot, mais ce n’est pas très compliqué au final, explique Joséphine Rivard, commissaire de l’exposition en compagnie d’Ariel Rondeau. C’est simplement de déconstruire la hiérarchie qui existe entre le matériau et l’humain, où il n’y a pas l’humain placé au sommet. […] Ça s’inscrit dans la tendance écologique. »

Trois artistes, Kuh Del Rosario, Ingrid Tremblay et Julie Roch-Cuerrier, ont rassemblé leurs œuvres pour cette exposition collective toute féminine. Leur travail artistique, réalisé surtout sous forme de sculptures, est porté par une thématique commune malgré leur caractère distinct et l’approche personnelle de chacune.

À sa manière, Kuh Del Rosario récupère des éléments du quotidien et cherche à prolonger leur cycle de vie à travers des installations desquelles se dégage une impression de familiarité. Certaines portions de ses œuvres sont même vivantes alors que des pousses végétales y sont intégrées.

De son côté, Ingrid Tremblay dévoile des sculptures évocatrices et expressives, conçues avec minutie, qui transportent avec elles des récits et des souvenirs. Son travail est porté par le concept de la trace, autant celle laissée par le temps et la nature que par les souvenirs.

Puis, Julie Roch-Cuerrier observe le passage du temps avec la présence du vert-de-gris, cette couleur bleutée qui naît de l’oxydation du cuivre et que l’on retrouve au cœur de son corpus, composé d’œuvres sculpturales et photographiques. L’une de ses œuvres regroupe une panoplie de vases en verre soufflé qui sont toujours présentés en duo, l’un comprenant le vert-de-gris et l’autre une eau vierge, si bien qu’une fleur se colore de bleu au fil du temps pendant que l’autre reste fidèle à sa couleur originale.

Plutôt que d’être réparties en des sections définies, les œuvres des artistes se côtoient et s’entremêlent à l’intérieur d’Expression. « L’objectif était vraiment de développer une exposition ensemble », indique Joséphine Rivard, en spécifiant que les artistes ont été partie prenante de la disposition de la salle.

« On voulait penser cette exposition pour que l’environnement soit agréable à visiter. Que ce ne soit pas trop demandant intellectuellement, sans être vide de sens », ajoute Ariel Rondeau.

Une œuvre de Julie Roch-Cuerrier a aussi fait son chemin jusqu’au Jardin Daniel A. Séguin, endroit avec lequel Expression collabore pour cette exposition après y avoir présenté une portion d’ORANGE, l’événement d’art actuel, en 2018. Un moulage en bronze, réalisé à partir de la souche d’un arbre que la grand-mère de l’artiste avait planté le jour de sa naissance, y prend place. Cette œuvre a une symbolique forte puisqu’au même moment où l’arbre était ravagé par une maladie, la grand-mère de Julie Roch-Cuerrier décédait. Par son histoire, elle évoque ainsi les différents cycles de vie et se pose en relation directe avec le titre de l’exposition.

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