25 avril 2013
La mairesse isolée
Démissions et censure à Saint-Louis
Par: Le Courrier
Doris Gosselin, mairesse de Saint-Louis

Doris Gosselin, mairesse de Saint-Louis

Le climat de tension qui s’est installé au conseil municipal de Saint-Louis entre anciens et nouveaux élus a finalement mené à la démission des deux conseillers recrues et à une tentative des quatre autres pour museler la mairesse, Doris Gosselin.

Rémy Blais et Odette Larin, qui avaient remporté les élections partielles du 8 mai 2011, ont tous deux remis leur lettre de démission à titre de membre du conseil. M. Blais a présenté la sienne juste avant la séance du conseil du 2 avril et Mme Larin en a fait autant le 4 avril.

« Je suis parti parce qu’il n’y a rien à faire au conseil, tant que les citoyens ne se lèveront pas. Je n’ai même pas été capable de faire publier ma lettre de démission dans le bulletin municipal : c’est assez incroyable! Tout est filtré par cette équipe-là », a commenté Rémy Blais, en pointant les quatre élus de l’ancienne administration.La lettre de démission de sa collègue Larin n’apparaissait pas non plus dans l’édition du 12 avril de l’Écho de Saint-Louis, pas plus d’ailleurs que l’habituel mot de la mairesse Gosselin. À la séance régulière du conseil du 2 avril, les conseillers Jean-Pierre Arpin, Stéphane Bernier, Yvon Daigle et Gérald Lavallée ont fait adopter une résolution stipulant que le message de Mme Gosselin ne paraîtrait plus dans le bulletin municipal.Pour empêcher d’être bâillonnée de cette façon, Doris Gosselin a opposé son veto à la résolution, mais les quatre conseillers l’ont adoptée à nouveau le 8 avril, au cours d’une séance extraordinaire qu’ils avaient convoquée (un maire ne peut user de son veto qu’une seule fois sur une même question).Dans le cas des lettres de démission, la directrice générale de Saint-Louis, Pascale Dalcourt, avait d’abord promis à leurs auteurs qu’elles seraient publiées. Puis elle s’est ravisée, à la demande expresse des conseillers formant la majorité. « J’ai reçu l’ordre de quatre membres du conseil de ne pas publier vos lettres puisqu’« ayant retiré le mot de la mairesse, il serait impensable de publier lesdites lettres. Si quelqu’un veut publier un article aux frais des contribuables, ça devra passer par le conseil. Ce n’est pas une tribune libre », a écrit Mme Dalcourt dans une réponse à Mme Larin et M. Blais où elle rapporte les propos des conseillers majoritaires.Interrogée par LE COURRIER sur cette affaire, Pascale Dalcourt a répondu qu’avant d’annoncer aux conseillers démissionnaires que leurs lettres ne seraient pas publiées dans l’Écho, elle avait consulté la conseillère juridique de la municipalité. « L’avocate m’a dit que c’est à la majorité des membres du conseil de décider ce qui apparaît et n’apparaît pas dans le journal municipal », a-t-elle dit.

Diffusés malgré tout

Après les interdictions de parution, les choses n’en sont pas restées là. La mairesse Gosselin, tout comme l’ex-conseillère Larin, a trouvé le moyen de faire parvenir son message à toutes les portes de Saint-Louis avec l’aide de quelques citoyens.

« Il est malheureusement évident que la majorité du conseil ne désire aucun changement et souhaite le maintien du statu quo qui prévaut depuis des années. Une séance spéciale a même été prévue pour dorénavant m’empêcher de publier le mot de la mairesse et ainsi m’empêcher de vous tenir informés sur les sujets d’intérêt municipal. Cela va à l’encontre de la liberté d’expression (…). Je suis et je demeure d’avis que l’un des devoirs du maire est de protéger les intérêts de ses citoyens et de les informer sur les sujets qui concernent la municipalité, y compris ceux sur lesquels le conseil est divisé », écrit-elle.Mme Gosselin a confié au COURRIER que malgré tout ce branle-bas au conseil, elle avait l’intention de continuer de s’occuper des dossiers de la municipalité, avec l’espoir qu’une majorité silencieuse se manifestera un jour à Saint-Louis. « Il y a l’agrandissement de l’usine de transformation de concombres Miss Whyte’s, qui est très important pour nous, il y a aussi la cantine et le dépanneur qui sont fermés. Ce sont des dossiers qui me tiennent à coeur parce que je ne veux pas que Saint-Louis s’éteigne. Pendant ce temps-là, il y en a qui essaient de m’empêcher d’écrire, et deux autres qui démissionnent. Ça crée une situation difficile », a-t-elle commenté.Quant à Odette Larin, elle déplore l’intervention de conseillers pour empêcher la parution des lettres de démission. « Comment, en dehors d’une assemblée du conseil municipal, des conseillers peuvent-ils donner un ordre à la DG, et pourquoi la DG obéit-elle à cet ordre? », questionne-t-elle dans son envoi aux citoyens.Jointe par LE COURRIER, Mme Larin a toutefois évité de blâmer la directrice générale. « Je suis très bien placée pour comprendre ce qu’elle vit », assure-t-elle. Elle affirme que le village, comme le conseil, est divisé entre partisans du renouveau et nostalgiques de l’époque du maire Gaétan Lavallée, lesquels font sentir leur présence à chaque séance du conseil, soutient-elle.

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