25 mars 2021
Immeubles à logements sur la rue Saint-François
Démolition accordée
Par: Rémi Léonard

Un avis de démolition est apparu vers la mi-mars sur la rue Saint-François, à l’endroit où souhaite s’implanter le projet Frïdom de Groupe Sélection. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Le comité de démolition de la Ville de Saint-Hyacinthe devait statuer ce lundi sur la demande faite par le mandataire de Groupe Sélection afin de raser toute une section de la rue Saint-François, au centre-ville de Saint-Hyacinthe. Au terme d’une séance d’à peine quelques minutes, l’autorisation a été accordée sans difficulté.

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Ces acquisitions ont été réalisées progressivement dans les derniers mois afin de paver la voie au complexe de 165 unités réparties sur six à huit étages que compte ériger le promoteur à cet endroit. Au fil du temps, les locataires ont tous été relocalisés ou ont dû quitter leur logement à la fin de leur bail. Le conseil municipal a ensuite donné son aval au projet en décembre 2020. L’adoption a été majoritaire puisque seuls deux élus ont voté contre : Jeannot Caron et Stéphanie Messier. La résolution émettait quelques conditions à remplir avant le lancement des travaux, dont l’approbation du comité de démolition.

Ce feu vert n’aura été qu’une formalité, les membres ayant tous appuyé la démolition lors de leur rencontre du 22 mars. Évoquant l’état « moyennement altéré » des bâtiments, leur valeur patrimoniale « faible » et les risques d’incendie, le président du comité, le conseiller Bernard Barré, a expédié la décision en peu de temps. « C’est un dossier chaud, on le sait », a-t-il reconnu en rappelant qu’il remonte jusqu’au début de l’année 2017. « Ce n’est pas le dossier de la Ville ou de Réseau Sélection, c’est mon dossier personnel », a même affirmé M. Barré, faisant valoir tout le travail accompli.

Les conseillères Claire Gagné et Stéphanie Messier étaient également présentes, en plus du nouveau directeur du Service de l’urbanisme, François Handfield. Mme Messier a fait savoir qu’elle appuyait la démolition « malgré le fait que le projet ne correspond pas à 100 % à [s]es attentes ». Elle avait effectivement voté contre le projet en décembre 2020 en apprenant qu’une partie seulement des cases de stationnement seraient souterraines. Même si elle disait aussi ne pas souhaiter voir « une série d’immeubles aussi hauts » en bordure de la promenade Gérard-Côté, elle a néanmoins convenu lundi que Saint-Hyacinthe « a besoin de ce type de projet là pour revitaliser le centre-ville ».

Quelle opposition?

Le fait qu’une trentaine d’avis d’opposition aient été reçus à la Ville dans les derniers jours a été évoqué par M. Barré, sans qu’on prenne la peine d’y répondre ou d’en résumer le contenu.

Les messages dont LE COURRIER a pu prendre connaissance insistaient toutefois sur la perte d’une vingtaine de logements abordables dans un contexte de pénurie marquée à Saint-Hyacinthe. « Avec un taux actuel d’inoccupation des logements à 0,3 %, un record national, il semble tout à fait incohérent de laisser des maisons existantes se faire démolir », a évoqué Annabelle T. Palardy, présidente du Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain. « Pour moi, ces démolitions ne font pas de sens avec les engagements environnementaux, sociaux et économiques » pris par la Ville, a-t-elle aussi écrit en faisant référence au Plan de développement durable adopté récemment.

La crainte de l’aggravation du problème d’îlots de chaleur au centre-ville est également soulevée, entre autres puisque des arbres matures se trouvent sur les terrains visés, sans compter la circulation automobile qui serait engendrée par le projet. Les opposants soulèvent par ailleurs le fait que l’étude d’impact sur la santé, promise par le maire Corbeil, n’a pas encore été réalisée.

Rappelant le cheminement de ce dossier, Chantal Goulet a par ailleurs déploré que « les résidents du quartier n’ont même pas eu le privilège de se prononcer par voix référendaire » sur le projet, un accroc à la démocratie, selon elle.

Pour Françoise Pelletier, l’évaluation de la valeur patrimoniale accordée à ces bâtiments passe à côté du fait qu’ils « témoignent de notre histoire collective […] puisqu’ils forment l’empreinte visible de notre passé industriel et ouvrier ». « Les démolir afin de favoriser l’érection de tours d’appartements de luxe, en plus d’embourgeoiser le quartier en en chassant ses résidents actuels, revient à renier les origines du cœur de notre ville », a-t-elle aussi soutenu. Sa lettre ouverte se retrouve ici.

La suite?

La demande de démolition a été soumise le 9 février dernier et les affiches annonçant la démolition ont été émises le 12 mars, avant la séance de ce lundi, le 22 mars. Il est possible d’en appeler de la décision du comité de démolition dans les 30 jours suivants. Il reviendra toutefois au conseil d’entendre l’appel, lequel s’est déjà positionné en faveur du projet.

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