18 avril 2013
D’enfants et d’eau
Par: Le Courrier

Quand j’étais enseignant, aux gens qui me plaignaient, je répliquais qu’au contraire, mes élèves me gardaient jeune. J’appréciais leur fraîcheur, leur regard neuf, sans préjugés, sans cynisme; ils étaient prêts à relever tous les défis et me stimulaient à faire ma part.

Maintenant que je suis retraité de l’enseignement, je trouve la même motivation en regardant ma petite fille, qui vient de franchir la barre de sa première année sur Terre. Un modèle d’innocence et de pureté, elle appelle à lui offrir comme terrain de jeu un monde qui est le reflet de sa beauté. Malheureusement, comme nous le savons tous maintenant, le terrain de jeu qu’est notre Terre est mal en point. Ça ne tourne pas rond. Par chance, plusieurs mettent aujourd’hui l’épaule à la roue pour que notre planète retrouve sa belle rondeur santé de jadis. Ces bienfaiteurs ont tôt fait de trouver la formule de ralliement suivante : « Penser globalement, agir localement ». Or, le lieu d’action le plus évident de notre région est la rivière Yamaska, que l’on qualifie de la plus malade des tributaires du Saint-Laurent. Je l’ai d’abord ausculté moi-même en tant que kayakiste invétéré, découvrant ainsi autant ses merveilles que ses blessures. Et de coup de pagaïe en coup de pagaïe, j’en suis tombé amoureux. Je me suis alors joint à l’Organisme du Bassin Versant (OBV), celui qui a une vue d’ensemble de la condition de la patiente et est donc le mieux placé pour suggérer un traitement. J’ai découvert au sein de l’OBV qu’il y a un nombre impressionnant d’acteurs impliqués dans la question : groupes environnementaux, municipalités petites et grandes, plusieurs MRC et ministères, sur un territoire vaste et varié qui s’étend des contreforts des Appalaches jusqu’au lac Saint-Pierre. Pas facile d’harmoniser autant de joueurs qui, chacun dans leur cour, font de leur mieux pour faire face à la musique en répondant aux défis que pose leur tronçon du long parcours de la rivière. Ah, mais ça tombe bien, le premier mandat confié par le gouvernement aux OBV en est justement un de concertation. De là découle la décision de la dernière assemblée générale d’organiser des États généraux de la Yamaska, un moment privilégié pour accorder tous nos instruments et jouer de concert. Un défi de taille qui demande l’encouragement du public. Cet encouragement, chacun peut le démontrer : en lisant le programme de l’activité au www.urgenceyamaska.net ; en y visionnant le petit film très éloquent; en y signant la pétition en ligne ou au bureau de sa municipalité; en y allant de ses idées et commentaires; en faisant suivre l’adresse du site à parents et amis; en discutant de la question avec son comité local, son conseiller municipal, à chaque musicien de ce grand orchestre; en applaudissant les courageux qui monteront sur scène pour donner la note et partir le bal. Je regarde à nouveau la photo inspirante de ma petite fille et son sourire candide. Je ne suis pas Haendel, mais j’aimerais bien lui faire entendre une jolie musique d’eau.

Normand Gagnon, grand-père et administrateur, OBV Yamaska

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