22 mars 2018
Aide à mourir
Denise Séguin veut partir sereinement
Par: Benoit Lapierre
Denise Séguin plaide pour un assouplissement des critères de l’aide mourir, pour accommoder les gens qui sont au bout du rouleau et ne peuvent espérer mieux qu’une lente agonie.   Photo François Larivière | Le Courrier ©

Denise Séguin plaide pour un assouplissement des critères de l’aide mourir, pour accommoder les gens qui sont au bout du rouleau et ne peuvent espérer mieux qu’une lente agonie. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Pouvoir quitter ce monde dans la dignité lorsque son existence est devenue misérable, c’est le souhait qu’exprime Denise Séguin Melville, 74 ans, dans sa quête pour obtenir l’aide à mourir qu’on lui refuse.

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« Je ne sais pas à qui m’adresser, je ne sais pas comment ça marche, mais je sais ce que je veux », lance cette dame qui est atteinte d’ataxie cérébelleuse, une maladie dégénérative qui la fait trembler de tous ses membres en permanence, en plus d’affecter son élocution.

Se décrivant comme « une femme joyeuse pas déprimée du tout », elle a reçu les représentants du COURRIER dans son HLM de la rue Morison, où elle espère demeurer jusqu’à ce qu’elle ait obtenu ce qu’elle désire.

 « On n’a rien à dire quand on vient au monde, mais quand vient le temps de partir, on devrait pouvoir choisir. Pour rentrer dans les critères de l’aide à mourir, il faut être au seuil de la mort. Quand tu es rendue là, tu sais que tu vas mourir, mais dans mon cas, ça peut durer longtemps et ça va juste aller en empirant. Je ne suis presque plus capable de marcher, je n’ai plus de liberté de mouvement. C’est correct tant que tu es capable de te débrouiller, mais là, c’est l’idée que… j’en ai assez. »

Résidente de Saint-Hyacinthe depuis six ans, cette dame originaire de Gatineau a notammentvécu durant quarante-cinq ans en Ontario. « J’avais 13 ans lorsqu’on mon père est mort, et à ce moment-là, ma mère était à l’hôpital. Après, je me suis toujours débrouillée toute seule et j’ai eu la vie dure. J’ai été élevée dans la rue », souligne-t-elle, en faisant le récit d’une existence qui ne lui a apporté que de rares moments de bonheur.

« J’ai élevé deux enfants malades, les petits-fils de mon défunt mari. Je me suis battue pources enfants-là, pour qu’il aient tout ce à quoi ils avaient droit », poursuit Mme Séguin, en montrant les photos de ses deux chéris. Atteint d’une maladie incurable, le plus jeune est mort à 11 ans, en juillet 2005, dans les bras de Mme Séguin. Son frère a aujourd’hui 26 ans, il vit en Ontario et a appris à voler de ses propres ailes malgré son handicap, le syndrome Gilles de la Tourette.

Aujourd’hui, Mme Séguin vit seule, et plus personne ne dépend d’elle. Ses frères et sœurs vivent dispersés, loin de Saint-Hyacinthe, et elle ne les voit plus. Sa travailleuse sociale est l’une des rares personnes qui la visitent encore, et c’est elle d’ailleurs qui lui a suggéré de parler publiquement de sa quête de l’aide à mourir.

Il y a quelques mois, à lui suite d’une vilaine chute, elle a dû séjourner durant trois semaines à l’Hôtel-Dieu. L’expérience l’a traumatisée, malgré la qualité de l’accueil reçu. « Le personnel est tellement dévoué! Mais ils ne sont pas assez nombreux. Être dans un groupe où une préposée doit faire manger cinq ou six personnes à la fois, je ne veux pas finir comme ça. »

Selon Mme Séguin, les critères de l’accès à l’aide à mourir devraient être assouplis, dans le contexte d’une société de plus en plus vieillissante. « On n’a pas su ça hier que la population vieillie. Pourtant, il manque de tout, les préposées ne sont presque pas payées. C’est épouvantable ce qui se passe! On devrait laisser partir les gens qui veulent s’en aller, au lieu de les ramasser à la petite cuillère. Je trouve que c’est un grand privilège de pouvoir partir quand on veut. Je ne veux pas être un fardeau pour la société et je ne veux plus déranger personne. Je veux pouvoir m’en aller tranquillement après avoir dit au revoir à mes amis, et être heureuse de m’en aller. On fait des choix durant toute notre vie et on devrait pouvoir faire celui-là aussi. Pourquoi, quand on veut mourir, faut-il qu’on nous mette des bâtons dans les roues? Je n’aurais jamais pensé comme ça à 50 ou 60 ans, mais maintenant, je suis prête et ce serait tellement mieux pour tout le monde », conclut Denise Séguin. 

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