20 février 2020
Carte blanche
Déraillement
Par: Christian Vanasse
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Médecin, auteur et fondateur du parti Rhinocéros, Jacques Ferron écrivait que « le Canada n’est pas un pays, mais un système ferroviaire avec des locomotives ». J’ai toujours aimé l’image. Forte et historiquement pertinente.

Ce chemin de fer est véritablement la seule chose qui unit ce grand ensemble disparate d’une mer à une autre comme la fragile couture d’une catalogne. C’est aussi le symbole de la colonisation du pays. Le rail a d’abord transporté les colons d’est en ouest, repoussant les autochtones toujours plus loin sur leurs terres. Aujourd’hui, le train ne transporte plus de colons, mais du pétrole. Et le pétrole veut maintenant passer sur les terres des premières nations. Ça déraille. Dans les lignes ouvertes, les esprits fermés résonnent comme des tambours. « On va manquer de propane! Nos aliments vont coûter plus cher. On va manquer de chlore pis va falloir faire bouillir notre eau potable!!! » Bienvenue dans notre monde, pourraient répondre plusieurs autochtones avec un sourire en coin. Je ne sais pas encore qui est le plus risible entre Justin Trudeau plus mou qu’une guimauve sur un pompier australien ou Andrew Sheer au garde-à-vous en réclamant la cavalerie. Ou Pascal Bérubé, chef du PQ, réclamant la fin du blocus au nom de la loi. Un indépendantiste qui exige le respect des lois colonialistes canadiennes… Riel, Chartrand et Falardeau doivent se retourner dans leurs tombes. Yves-François Blanchet, chef du Bloc, fait plus de sens. D’abord l’arrêt du pipeline, ensuite la levée du blocus et enfin… on se rencontre. Pas seulement pour parler, mais surtout pour écouter. Se mettre à la place de l’autre, être empathique.

Dans certaines cultures, le mot crise veut aussi dire: opportunité. Une chance de faire ou penser autrement en rompant avec de très mauvaises habitudes. Ce blocus est une chance.

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