23 mai 2013
Étude du Conference Board
Des chiffres contestés
Par: Le Courrier
La santé économique de la région de Saint-Hyacinthe est au coeur des discussions depuis un constat négatif dressé par le Conference Board du Canada.

La santé économique de la région de Saint-Hyacinthe est au coeur des discussions depuis un constat négatif dressé par le Conference Board du Canada.

Certaines données publiées par le Conference Board du Canada dans son étude portant sur 46 villes de taille moyenne au pays sont fortement contestées à Saint-Hyacinthe, et en premier lieu par le Centre local de développement (CLD) et son directeur général, Mario De Tilly.

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Selon le Conference Board, Saint-Hyacinthe est l’une des villes canadiennes qui ont le plus souffert sur le plan économique ces dernières années. Le nombre d’emplois y aurait chuté de 37 800 à 20 400 entre 2005 et 2012 – une perte nette de 17 400 emplois – et son produit intérieur brut serait passé de 2,79 milliards à 1,536 milliard durant la même période. Au CLD, on ne croit pas un mot de tout ça.

« Nous avons procédé à une analyse sommaire qui nous amène à considérer ces données, pour le moins douteuses, avec la plus grande prudence (…). Après une vérification faite auprès de l’expert en emploi au Québec, c’est-à-dire Emploi Québec, notre étonnement a atteint son paroxysme puisqu’on nous a confirmé que le marché de l’emploi à Saint-Hyacinthe se compose de plus de 40 000 emplois en 2013 », écrit Mario De Tilly dans une réplique à l’article du COURRIER portant sur l’étude du Conference Board (édition du 16 mai).En ce qui a trait au produit intérieur brut (PIB), il soutient qu’il ne peut équivaloir à un maigre revenu de 1 536 000 000 $ en dollar constant, étant donné que de grandes entreprises comme Olymel, Liberté, Groupe Lacasse, Baxters et Barry Callebault génèrent à elles seules des revenus de plus de 2 milliards. Il ajoute à ce montant les recettes du secteur agricole sur le territoire, lesquelles s’élevaient, dit-il, à 723 millions $ en 2010 selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec.« En conclusion, l’objectif du CLD n’est pas de nier que la dernière récession a frappé durement certaines de nos entreprises. Cependant, il est clair que le marché du travail demeure actif, que les entreprises maskoutaines tirent leur épingle du jeu, que le chômage et le nombre de prestataires d’assurance-emploi restent faibles en comparaison avec ma moyenne provinciale. Notre économie se porte bien, très bien même, et le bateau est loin de couler, il vogue allègrement, laissant les autres dans son sillage », conclut M. De Tilly.Question de savoir ce qu’il pensait de l’étude du Conference Board, LE COURRIER a joint l’homme d’affaires André H. Gagnon, qui possède, entre autres, les magasins Rona de Saint-Hyacinthe et Granby. Or, M. Gagnon n’a pas perçu de ralentissement dans l’économie maskoutaine ces dernières années. « Je suis surpris de ces chiffres-là. Pour moi, ils sont erronés. S’il y avait une baisse, on s’en apercevrait dans nos affaires, et c’est impossible que ça ait baissé de 40 %. Le magasin de Saint-Hyacinthe connaît sensiblement la même croissance que celui de Granby », a-t-il commenté.Mis au fait de ces réactions, le directeur du Centre des études municipales au Conference Board, Mario Lefebvre a dit comprendre que certains chiffres puissent parfois être accueillis avec incrédulité. « Mais s’il doit y avoir un débat, ce n’est pas avec nous qu’il faut le faire, mais avec Satistique Canada. C’est sûr que des fois, on lève les sourcils, mais ce sont les chiffres de l’agence officielle et on y va avec ça », a-t-il expliqué.M. Lefebvre a souligné qu’outre Saint-Hyacinthe, il n’y a qu’à Vernon, en Colombie-Britannique, que les données de l’étude du Conference Board ont été contestées. « J’invite aussi Saint-Hyacinthe à faire ses vérifications auprès de Statistique Canada. »Il considère tout à fait possible que des baisses significatives dans l’emploi et le PIB puissent être imperceptibles, ou presque, dans l’économie locale. « Si Saint-Hyacinthe est devenue dortoir, ça peut expliquer les choses. Les gens consomment dans leur ville, mais travaillent ailleurs », lance-t-il comme piste d’explication.Yvan Boulay, du Mouvement Action Chômage, pense aussi qu’il est tout à fait possible que bon nombre de Maskoutains aient retrouvé en périphérie l’emploi qu’ils ont perdu dans leur ville ces dernières années. Il voit trop de gens quitter la Ville tous les matins par la sortie 130 de l’autoroute 20 pour ne pas se poser des questions.« Il ne faut pas tasser ce rapport-là du revers de la main, mais plutôt se dire : qu’est-ce qu’on fait avec ça? Il faut regarder de plus près pour voir réellement ce qui se passe. Le CLD, la Chambre de commerce, la MRC, la Ville, toutes les forces vives auraient intérêt à examiner ça en ouvrant plus large », estime-t-il.

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