27 décembre 2018
Forum
Des élus sous surveillance
Par: Le Courrier

J’ai assisté à l’assemblée du conseil municipal du 17 décembre afin de soutenir l’initiative de groupes de citoyen.ne.s qui se sont mobilisés contre le plan directeur des trottoirs et le changement de règlement d’urbanisme au centre-ville, créant une zone « riveraine » susceptible d’accueillir des immeubles de six à huit étages.

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Ces deux sujets, qui a priori n’ont rien en commun, sont pourtant intimement liés. En effet, dans les deux cas, des règlements ayant un impact majeur sur l’urbanisme et la vie des gens en ville ont été pris sans réelle consultation et leur effet aura un impact sur les dizaines d’années à venir.

Or, malgré le dépôt d’une pétition de presque 900 noms (rassemblés en deux semaines!), la Ville a semblé sourde aux arguments et inquiétudes des signataires concernant la perte de parfois plus de 50 % des trottoirs dans certains quartiers. Elle a simplement décrété un moratoire (donc temporaire) sur l’enlèvement des trottoirs de la rue des Samares et des environs.

Quant aux autres trottoirs, rien n’a changé. On nous a simplement indiqué que les résidents habitant devant les tronçons de trottoir à enlever seront consultés lorsque le bulldozer sera à leur porte. Oui, mais si un seul résident sur ce tronçon souhaite conserver son trottoir, allez-vous le laisser quand même? Ou allez-vous mettre de la pression sur celui-ci afin qu’il opine du même côté que ses voisins? Et qu’est-ce que ce plan qui se négocie par petits bouts de rue alors que l’ensemble du réseau piétonnier est utilisé non seulement par les gens qui habitent devant leur trottoir, mais par l’ensemble de la population du quartier, de la ville et même des villes environnantes (car oui, nous avons parfois de la visite à Saint-Hyacinthe et même que le conseil municipal aimerait en avoir plus!)

De plus, malgré la présence d’au moins 60 personnes à l’assemblée municipale (alors qu’il n’y assiste habituellement qu’une dizaine de personnes en moyenne), dont une quinzaine sont venues au micro pour partager leurs inquiétudes sur l’embourgeoisement du centre-ville qui menace de se produire avec ce changement de règlement d’urbanisme, le conseil a continué de répéter son mantra paternaliste : la façon exceptionnelle dont la population avait été consultée à propos de la nouvelle promenade, l’aspect environnemental du projet, la densification du centre-ville qui permettrait de développer des transports en commun et de revitaliser la rue des Cascades.

Oui, tout cela est bien beau, nous sommes d’accord. Mais pourquoi ne pas avoir demandé aux résident.e.s du secteur quelle était leur vision à eux concernant l’aménagement de ce quartier? Quelle est l’urgence absolue d’adopter ce règlement maintenant, avant toute rencontre avec le comité de développement du centre-ville? Le maire s’est personnellement engagé à promouvoir le logement social dans ce secteur pour remplacer les logements abordables perdus par les nouvelles constructions. Oui, mais quelle est sa vision exactement? Et surtout, quelles sont les actions envisagées? Ne serait-ce pas pertinent d’élaborer un plan de lutte à la pauvreté et au manque de logements abordables, et cela avant de laisser le champ libre aux promoteurs de tout acabit dans ce secteur névralgique?

Car l’embourgeoisement est une réalité qui a frappé de nombreux quartiers ouvriers ailleurs. Pensons à Pointe-Saint-Charles et au Plateau Mont-Royal, quartiers qui avaient oublié de réfléchir en amont à la façon de protéger leurs résidents de la spéculation immobilière. Nous ne sommes pas plus vertueux qu’ailleurs et cela ne prendra pas 25 ans, comme le martèlent les élu.e.s pour nous endormir, avant que les premières offres d’achat « impossibles à refuser » pleuvent sur les propriétaires d’immeubles à logements de ces zones, dans le but non de conserver ces immeubles, mais de les démolir et d’ériger des tours aussi hautes que le règlement le permet (car tant qu’à avoir un terrain, pourquoi ne pas le rentabiliser au maximum?). Ensuite, le cercle vicieux habituel s’installera : augmentation de la valeur des terrains environnants, hausse des loyers, départ de plus en plus nombreux de familles incapables de supporter financièrement cette hausse, dispersion des familles à faible revenu dans des taudis loin du centre-ville et des services de proximité.

Ironie du sort, les seules personnes qui sont venues au micro féliciter le conseil pour ce changement de règlement d’urbanisme sont la présidente de la Chambre de commerce, le DG de Saint-Hyacinthe Technopole et le DG du Centre des arts. Quand seuls les commerçants sont du côté de l’administration, n’est-ce pas justement le signe que ce projet dessert essentiellement des intérêts économiques et financiers et que son beau drapé de vertu environnementale et sociale n’est que de la poudre aux yeux?

Sachez, en tout cas, représentants de TOUS les citoyen.ne.s, que nous continuerons à surveiller ces dossiers, à nous mobiliser et que le fruit de vos actions sera jugé quand viendront les élections. Ce jour-là, nous saurons ultimement nous faire entendre.

Sonia Chénier,
Résidente du secteur Saint-Sacrement

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