18 juillet 2019
« Des entêtés » de biodiversité en agriculture : « Matière à discussion »
Par: Le Courrier

« Un écosystème sain pour une vigne saine », telle est la devise du Domaine du Nival. Les propriétaires ont toujours eu comme objectif la cohabitation avec les environnements qui entourent leur exploitation, que ce soit les fossés naturalisés ou les boisés. C’est dans le maintien de cette biodiversité que réside le secret d’un système de culture équilibré, sain et autonome, affirme le producteur. Photo Jean-Guy Dorris | MRC des Maskoutains ©

Matthieu Beauchemin. Photo Jean-Guy Dorris | MRC des Maskoutains©

Ces vignes sont cultivées sans produits chimiques de synthèse. Les producteurs misent plutôt sur plusieurs pratiques biodynamiques. Ainsi, ils suivent les rythmes intrinsèques de la nature, tout en s’appliquant à rendre leur sol vivant. De plus, la culture de la vigne en petites parcelles évite le recours à une mécanisation excessive, ce qui contribue au maintien d’un sol de qualité. Photo Agathe Poisson | MRC des Maskoutains©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec une dizaine de producteurs agricoles qui ont participé à la 2e édition du projet Le photographe est dans le pré. Ils étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs qui s’appliquent à préserver la biodiversité de leur milieu de vie et de travail. Matthieu Beauchemin a accueilli chez lui les photographes Jean-Guy Dorris et Agathe Poisson.

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« Matière à discussion » et « Des entêtés », ce sont des noms de vins produits au Domaine du Nival, à Saint-Louis. Des noms bien de circonstance!

Après deux ans de recherche, Matthieu Beauchemin et son père Denis ont déniché leur petite terre d’à peine 10 acres, en 2011. Tout comme le raisin, l’idée avait mûri pendant quelques années. Un certain nombre de vignes avaient été plantées chez les parents, à Saint-François-du-Lac, histoire d’évaluer la faisabilité et leur entêtement pour la viticulture.

La terre des Beauchemin compte maintenant près de 15 000 vignes capables de remplir 22 000 bouteilles par année. Environ la moitié de la production est vendue dans les restaurants, un peu partout au Québec. Le reste est distribué dans des épiceries fines, vendu directement au vignoble ou en ligne.

Quelles actions avez-vous posées pour améliorer la biodiversité?

« Dès le début, on a travaillé avec les principes de l’agriculture biologique. Cet hiver, on a entamé notre processus de certification. Depuis 2014, on travaille en biodynamie, un courant qui pousse le bio une coche plus loin avec cette idée d’équilibre des écosystèmes. On a introduit d’autres pratiques comme le travail avec des couverts végétaux entre les rangs de vigne, de façon à maintenir une flore diversifiée indigène. Cette année, on commence à travailler avec des engrais verts.

On a la chance d’être sur le bord de la rivière Yamaska et on est entourés de parcelles boisées. C’est un milieu diversifié et on veut le maintenir. On est en train d’installer des nichoirs à hirondelles pour le contrôle des insectes. Ça n’empêche pas qu’on doive traiter les vignes. Il faut accepter que tout ne soit pas parfait. L’objectif final, ce n’est pas d’avoir un beau champ, c’est d’avoir du beau raisin.

Pour l’herbe, en général, on va faucher deux fois par année. Début juillet, beaucoup d’espèces sont déjà montées en fleurs. Bien sûr, on désherbe en dessous des vignes, mais c’est du désherbage mécanique. On ne sait pas vraiment si les oiseaux ont terminé leur nidification au moment du fauchage, mais ils semblent choisir davantage les zones autour qui ne sont pas perturbées. »

Quels bénéfices tirez-vous de toutes ces actions?

Au départ, les Beauchemin croient que l’agriculture doit s’insérer dans un cadre plus général de protection de l’environnement. « Mais au-delà de ça, on a un milieu où c’est plus agréable de travailler. Un vignoble, c’est un lieu où on accueille les clients. C’est un endroit intéressant à visiter. De plus, le travail avec un couvert végétal important permet de réduire l’érosion des sols.

Les vignes sont plantées dans un terrain qui a une bonne pente vers la rivière. C’est un sol limoneux, donc assez facile à éroder. C’est pourquoi la bande riveraine est bien végétalisée avec des arbres massifs et elle va bien au-delà des règles en vigueur. C’est difficile de mesurer l’impact sur la productivité des vignes, car ça dépend de beaucoup de facteurs. Année après année, on réussit à produire un vin qui se démarque. C’est sûr que nos clients sont sensibles à la question de l’agriculture biologique. Donc, pour nous, c’est aussi un bénéfice. »

Comment réussissez-vous à obtenir un rendement maximum tout en protégeant l’environnement?

M. Beauchemin explique qu’il n’a pas beaucoup d’éléments de comparaison. La terre était depuis 50 ans pratiquement inutilisée. Ils l’ont seulement remis en culture et ils ont apporté quelques amendements au sol.

« Le fait de mettre un couvert végétal qui aide à structurer le sol et à mieux gérer l’eau lors des fortes pluies permet une meilleure fertilité des sols et donc une meilleure productivité. Les engrais verts contribuent à l’ajout de matière organique. Cette manière de travailler nous éloigne des apports d’intrants chimiques qui coûtent cher et qui ne sont pas nécessairement plus efficaces. En prenant l’approche inverse, on améliore la fertilité sans rien rajouter. »

Matthieu rajoute que la même chose s’applique pour le contrôle des insectes et que, si on est capable d’établir un équilibre avec les populations d’insectes par des moyens biologiques, on économise. « Et bien sûr notre raisin est sucré et délicieux, mais c’est de loin beaucoup plus payant de le transformer en vin! »

Comment voyez-vous l’agriculture du futur en lien avec la protection de l’environnement?

Comme Matthieu Beauchemin est nouveau dans le domaine de l’agriculture, il trouve difficile de se prononcer. Il croit cependant qu’on arrive à la limite de l’agriculture industrielle.

« Il y a de plus en plus de producteurs alternatifs qui veulent s’installer et chacun doit trouver sa niche. Mais le défi demeure de produire pour de grandes populations humaines. Les règles de la CPTAQ [Commission de protection du territoire agricole du Québec] posent un frein, jusqu’à présent, pour établir de petites parcelles et cela devrait changer. Je souhaite une plus grande diversité dans les modèles agricoles afin de diminuer notre dépendance alimentaire.

Présentement, les agriculteurs sont souvent à la merci du cours des marchés internationaux pour la vente de leur production. C’est un modèle d’agriculture assez fragile. Il y a définitivement un mouvement vers une agriculture plus soucieuse de l’environnement. » Selon M. Beauchemin, les cohortes d’étudiants en agriculture biologique ont fortement augmenté depuis 10 ans, ce qui est de bon augure pour l’avenir.

Par Micheline Healy

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