3 mai 2018
Centre de congrès
Des fleurs et le pot
Par: Martin Bourassa

D’entrée de jeu, une vérité. Saint-Hyacinthe avait grandement besoin d’un centre de congrès. Et vu l’absence d’intérêt du secteur privé pour la chose, la Ville de Saint-Hyacinthe a bien fait de prendre l’initiative d’en construire un. Bravo au maire et à son conseil.

La rénovation de l’ancien Hôtel des Seigneurs et de son centre de congrès aurait peut-être été préférable, mais on ne peut pas toujours faire du neuf avec du vieux, surtout quand les infrastructures ne nous appartiennent pas. Au final, il y a donc tout lieu de se réjouir de pouvoir compter sur un centre de congrès municipal moderne, bien qu’un peu petit.

Ce sera tout pour les fleurs. Le pot maintenant. Pour répondre à une demande du COURRIER qui cherchait à obtenir la facture finale du centre de congrès, la Ville avait convié tous les médias locaux à une conférence de presse visant à dresser le bilan financer du projet. On nous a servi une avalanche de chiffres et de tableaux. Et au dessert, un communiqué de presse dans lequel on a beurré assez épais merci. Il était coiffé du titre évocateur : « Un bel exemple de saine gestion publique ». On y parlait du centre de congrès comme d’un « projet majeur qui a été géré avec rigueur et efficacité, notamment en matière de respect des échéanciers et des budgets ». 

Est-ce que cette affirmation résiste à l’épreuve des faits? Voyons voir.

Au niveau de l’échéancier, l’objectif initial était une ouverture en septembre 2017. On l’a ensuite repoussée en novembre de la même année, objectif qu’on a conservé mordicus en sachant fort bien que l’hôtel Sheraton voisin n’ouvrirait qu’en 2018.

Résultat, on a dépensé dans les derniers mois 651 815 $ dans des mesures d’accélération qui ont permis une ouverture partielle du centre de congrès le 17 novembre, question de pouvoir y ternir une journée Pacini pour la qualité de vie, un salon de la voiture électrique et quelques partys du temps des Fêtes. 

Cet effort ultime en valait-il le coût? 

Au niveau financier, ce qu’on avait vendu aux Maskoutains en 2015, c’est la construction d’un centre de congrès de 25,1 M$. Il devait être défrayé par un règlement d’emprunt de 23,6 M$ et un montant de 1,5 M$ puisé à même les réserves de la Ville. 

C’est sur cette base que les Maskoutains ont approuvé l’emprunt, au grand soulagement des élus. Ces derniers ont craint jusqu’à la fermeture du registre qu’un mouvement populaire compromette le projet. Sauf que les prévisions budgétaires ont vite été dépassées. Dès l’ouverture des soumissions, on a su que le montage financier ne tenait pas la route. Au final, la facture du centre de congrès n’a pas été de 25,1 M$, mais de 38,5 M$. Mais considérant le remboursement de certaines sommes par des tiers, c’est toutefois un montant de 33,6 M$ que devront assumer les Maskoutains. 

De quelle façon? À ce niveau, les documents remis par la Ville sont absolument trompeurs. Ils font état d’un règlement d’emprunt de 30,6 M$ et d’appropriations de 5,4 M$ dans les différents fonds de la Ville. Le hic, c’est que le règlement d’emprunt a toujours été de 23,6 M$, a fini par concéder le directeur général Louis Bilodeau.

Oui, on a bel et bien modifié le règlement sur le financement du centre de congrès à l’été 2016, mais l’emprunt initial est toujours demeuré le même. 

Pour le modifier, il aurait fallu l’approbation des contribuables et la Ville ne souhaitait pas risquer de se faire dire non à mi-chemin. Elle a donc mis 23,6 M$ sur sa carte de crédit et puisé environ 10 M$dans ses économies. Les Maskoutains n’ont rien eu à dire sur cette appropriation majeure et tout à fait légale, il va sans dire. Mais s’ils avaient su dès le départ que cet équipement leur coûterait 33 M$, on peut se demander s’ils auraient été plus nombreux à essayer de bloquer l’emprunt au moment opportun. 

Tout cela pour dire qu’à l’heure du bilan, il aurait été préférable que la Ville se garde une petite gêne. 

Son discours aurait pu être le suivant : « Nous avons un beau centre de congrès et sa réalisation a représenté tout un défi. Et même si nous avons dû ajuster nos échéanciers et notre budget en cours de route, les Maskoutains peuvent être fiers de cet équipement qui servira de moteur économique dans la relance essentielle du tourisme d’affaires dans la région maskoutaine. » 

Cela aurait été, il nous semble, beaucoup plus conforme à la réalité.

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