27 septembre 2018
50e anniversaire du décès de Daniel Johnson
Des funérailles mémorables à Saint-Pie
Par: Le Courrier
Carte mortuaire de l’Honorable Daniel Johnson, distribuée à Saint-Pie lors de la journée des  funérailles.

Carte mortuaire de l’Honorable Daniel Johnson, distribuée à Saint-Pie lors de la journée des funérailles.

Madame Reine Gagné Johnson devant le cercueil de son époux, dans l’église de Saint-Pie.

Madame Reine Gagné Johnson devant le cercueil de son époux, dans l’église de Saint-Pie.

Pierre Marc et Daniel Johnson devant le cercueil de leur père.

Pierre Marc et Daniel Johnson devant le cercueil de leur père.

Funérailles télévisées de Daniel Johnson, église de Saint-Pie, 1er octobre 1968.

Funérailles télévisées de Daniel Johnson, église de Saint-Pie, 1er octobre 1968.

Cortège vers le cimetière de Saint-Pie. Au centre, à gauche, Georges-Édouard Brosseau, curé de Saint-Pie, et Mgr Albert Sanschagrin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe.

Cortège vers le cimetière de Saint-Pie. Au centre, à gauche, Georges-Édouard Brosseau, curé de Saint-Pie, et Mgr Albert Sanschagrin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe.

Cimetière de Saint-Pie. Cérémonie d’inhumation de Daniel Johnson, 1er octobre 1968. Première rangée, à gauche, enfants de Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand, successeur de Daniel Johnson comme premier ministre du Québec, Maurice Bellemare, ministre.

Cimetière de Saint-Pie. Cérémonie d’inhumation de Daniel Johnson, 1er octobre 1968. Première rangée, à gauche, enfants de Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand, successeur de Daniel Johnson comme premier ministre du Québec, Maurice Bellemare, ministre.

Arrivée du cortège funèbre au cimetière de Saint-Pie. Photos : Fonds Raymond Bélanger, Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

Arrivée du cortège funèbre au cimetière de Saint-Pie. Photos : Fonds Raymond Bélanger, Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

Le mercredi 26 septembre 2018 marque le 50e anniversaire de décès de l’Hono-rable Daniel Johnson, premier ministre du Québec, député du comté de Bagot, résident de Saint-Pie. Dans la nuit du jeudi 26 septembre 1968, celui-ci décède en visite officielle au barrage Manic-5, à la suite d’une crise cardiaque.

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Il est bien évident que M. Johnson atoujours été une grande fierté pour Saint-Pie. Il n’y a pas beaucoup d’endroits qui peuvent se vanter d’avoir eu commecitoyens un premier ministre du Québec en fonction, ainsi que deux futurs pre-miers ministres. En effet, les deux fils de monsieur Johnson ont également été premier ministre du Québec : Pierre Marc en 1985 et Daniel fils en 1994. Ils étaient tous de partis politiques différents.

Mais le 26 septembre 1968, Saint-Pie perd son citoyen premier ministre. Au cours de l’avant-midi, tout le monde apprend le décès de Daniel Johnson, âgé de 53 ans, survenu au barrage Manic-5. La tristenouvelle a rapidement fait le tour de Saint-Pie et du Québec. J’étais en quatrièmeannée, à l’école primaire Sacré-Cœur, communément appelé à l’époque, le collège. Le directeur de l’école, le frère Jean-Denis Poirier, est passé dans les classes pour annoncer la mauvaise nouvelle. Tous savaient de qui il s’agissait. L’enseignante Agathe Tanguay Cordeau a allumé la radio pendant quelques minutes. On ne parlait que de cela à tous les postes.

À la télévision, pendant de longuesminutes, on ne voyait qu’une photographie du premier ministre décédé en fonction, accompagnée de musique clas-sique de circonstance. Sur les routes, il n’était pas rare de croiser des automobiles avec les phares allumés en signe de deuil national.

Dans les jours précédant la cérémonie à Saint-Pie, des employés d’Hydro-Québec s’affairaient à alimenter davantage l’église en électricité pour les besoins de latélévision le jour des deuxièmes funérailles. En effet, la dépouille mortelle de Daniel Johnson a d’abord été exposée au Parle-ment à Québec. Les funérailles nationales eurent lieu à la basilique Notre-Dame de Québec. Par la suite, il fut exposé au palais de justice de Montréal et, finalement, lemardi 1er octobre 1968, avait lieu à Saint-Pie un deuxième service funèbre suivi de l’inhumation au cimetière de la paroisse.

Le cortège est arrivé à Saint-Pie après avoir emprunté la route 9 (116), de Montréal à Saint-Hyacinthe, puis le bord de la rivière. Tout le long du parcours maskoutain, rues Girouard, Bourdages et Saint-Pierre, beaucoup de personnes de tous les âges, notamment des écoliers, regardaient le corbillard passer.

À Saint-Pie, les écoles étaient fermées, il y avait des drapeaux du Québec installés à plusieurs endroits ainsi que des affiches représentant la photographie de M. Johnson. Dans le parterre de l’école Sacré-Cœur, près de la rue Saint-François, un grand portrait du premier ministre était placé bien en évidence. Beaucoup de politiciens, notamment des membres du conseil des ministres et son successeur à la tête du Québec, Jean-Jacques Bertrand, étaient venus à Saint-Pie rendre un dernier hommage à leur chef.

Il n’y a jamais eu autant de monde dans le village que cette journée-là. Des automo-biles étaient stationnées partout, même sur les parterres des propriétés. Toutes les rues du secteur étaient bondées et on voyait passer des autopatrouilles de différents corps policiers du Québec. C’était vraiment impressionnant!

Pendant la journée, des petits drapeaux du Québec ainsi que des cartes mortuaires de Daniel Johnson avaient été distribués à tout le monde.

Notre famille attendait devant l’église, depuis tôt le matin, près du monument Sacré-Cœur, afin de pouvoir entrer pour voir M. Johnson exposé en chapelle ardente avant les funérailles. Sur l’heure du midi, peu de temps après l’arrivée de sa dépouille, nous avons pu entrer dans l’église et passer devant le cercueil. Nous devions circuler sans nous arrêter, car trop de gens attendaient dans l’immense file, le long de la rue Saint-François jusqu’au chemin de fer. Les funérailles se sont déroulées vers la fin de l’après-midi. Lors de l’inhumation, le cimetière débor-dait de gens venus dire au revoir àleur ami « Daniel ». Le cercueil fut placé à l’intérieur « d’une fausse tombe enacier » et, comme à l’église, la télévision était présente afin de diffuser en direct la cérémonie d’adieu.

M. JOHNSON ET SAINT-PIE

Daniel Johnson est né le 9 avril 1915 àDanville (Québec). Fils de Francis Johnson et de Marie-Adéline Daniel, il va à l’école de Danville, puis au Séminaire de Saint-Hyacinthe et, enfin, étudie le droit à l’Université de Montréal. Admis au Barreau du Québec le 20 juillet 1940, il exerce sa profession d’avocat à Montréal.

Le 2 octobre 1943, à l’église Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, il épouse Reine Gagné (1919-1994). Quatre enfants naîtront de cette union : Daniel, Pierre Marc, Diane et Marie. Daniel Johnson décide de se lancer en politique québécoise sous la bannière du parti Unionnationale de Maurice Duplessis.

Il devient député du comté de Bagot lors de l’élection partielle du 18 décembre 1946. Il sera réélu à toutes les élections suivantes. Le 23 septembre 1961, il est élu chef de l’Union nationale. À l’électiongénérale du 5 juin 1966, Daniel Johnson devient le 20e premier ministre duQuébec. Il réalise ainsi son rêve d’accéder à la plus haute fonction en politique québécoise. Avant même d’être élu député de Bagot, Daniel Johnson avait établisa résidence secondaire ainsi que son principal bureau de comté à Saint-Pie. Le 7 décembre 1946, il achète la propriété du 276, rue Notre-Dame, de JulesTétreault, chirurgien-dentiste de Mon-tréal, pour la somme de 6 800 $, compre-nant également « les objets mobiliers et accessoires de nature quelconque ». Cette maison appartiendra à la famille Johnson jusqu’en juillet 1987.

Daniel Johnson avait eu l’audace des’installer à quelques maisons de sonadversaire politique de 1946, le docteur Roland Bailly, libéral, dont la résidence était située au 255, rue Notre-Dame, angle Salaberry. Saint-Pie était à l’époquel’endroit le plus libéral (rouge) du comté. Il avait fait le pari qu’en installant sarésidence secondaire à Saint-Pie, il pourrait courtiser plus facilementles électeurs pour qu’ils changent d’allé-geance politique et ainsi garantir sesélections à venir. C’est exactement ce qui arriva, le comté de Bagot bascula du côté du parti Union Nationale jusqu’en 1973, année de la disparition du comté qui fut remplacé en partie par le nouveau comté de Johnson.

M. Johnson était proche des gens. Il n’était pas rare de le voir participer à des activités comme le carnaval d’hiver de Saint-Pie et la messe de minuitpendant les Fêtes. Il avait le don de reconnaître les personnes et de retenirleur nom. Les citoyens, comme mon père, ne disaient pas Daniel Johnson ou ledéputé, mais « Daniel ». Lorsqu’on enten-dait parler de « Daniel » dans Saint-Pie, on savait qu’il s’agissait de monsieurDaniel Johnson. Il était l’ami de tous, il était membre de la grande famille de Saint-Pie.

Il était souvent présent à Saint-Hyacinthe, même si cette municipalité n’était pas dans son comté. En effet, il y comptait beaucoup d’amis et de collaborateurs de son parti politique. Le rédacteur en chef du journal Le Courrier, Harry Bernard, un partisan de Johnson, rappellera régulièrement cette allé-geance dans ses pages.

Malgré une brève carrière de premier ministre, Daniel Johnson aura notamment à son actif la création des cégeps et de Radio-Québec, en plus de contribuer au projet de mise au monde du réseau desuniversités du Québec, officiellement créé après son décès, en décembre 1968.

SON NOM
DANS LA RÉGION

Dans la toponymie québécoise, plusieurs infrastructures rappellent la mémoire de Daniel Johnson. À Saint-Hyacinthe, son nom a été donné à un parc du secteur La Providence, de même qu’à l’importante artère commerciale où se trouve le nouveau Centre de congrès de Saint-Hyacinthe.

La Ville de Saint-Pie non plus n’a jamais oublié cet illustre citoyen. En effet, un parc, un boulevard et le pont de la route 235 qui traverse la rivière Noirehonorent sa mémoire dans la municipa-lité. Une plaque commémorative a également été installée devant samaison à Saint-Pie, en juin 2018, afin de souligner le passage de ce remarquable personnage.

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