2 janvier 2020
Des idéologies opposées (3)
Par: Le Courrier

Portrait d’Isaac Désaulniers par Napoléon Bourassa en 1868. Collection Centre d’histoire

Dans cet article, il sera évoqué le rôle du clergé dans l’enseignement collégial en particulier. On parle beaucoup de l’Église lorsqu’on revisite le Québec d’antan. C’est tout naturel : elle était omniprésente.

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Le parcours que suivent la plupart des Canadiens français qui font des études supérieures est celui du collège classique et de l’université, bien qu’il existe d’autres options comme l’École Polytechnique de Montréal, fondée en 1873, et l’École des hautes études commerciales, fondée en 1907.

À cette époque, le Québec compte une centaine de collèges classiques. Cette institution plus que centenaire est sous l’autorité de l’Église catholique, dont l’idéologie se reflète dans l’enseignement prodigué. Les sciences et la technologie ainsi que ce qui touche aux sciences économiques sont des matières peu valorisées dans les collèges classiques.

Au Séminaire de Saint-Hyacinthe, il convient de mettre en lumière le rôle de l’abbé Isaac Désaulniers. Né le 27 novembre 1811, il est ordonné le 30 juillet 1837. Compte tenu de « son caractère décidé, indépendant », Désaulniers est prié, durant les troubles de 1837-1838, « de se tenir sur ses gardes »; il signe avec ses collègues un mémoire justificatif de l’enseignement au Séminaire qui garantit l’orthodoxie de l’enseignement de la « philosophie morale » sur « les principes fondamentaux de la société » et sur « les devoirs du citoyen à l’égard du gouvernement ».

Désaulniers revient à l’enseignement de la philosophie de 1860 à 1868. Après avoir « erré » du cartésianisme à la philosophie éclectique en passant par la philosophie du sens commun de La Mennais, il adhère passionnément à la philosophie de saint Thomas d’Aquin qu’il avait découverte durant son voyage en Europe et vraisemblablement approfondie durant son supériorat. Il lit, traduit, enseigne le docteur angélique; il se fait le propagateur de sa « vérité » devant le Cabinet de lecture paroissial de Montréal et l’Union catholique de Saint-Hyacinthe dans des « lectures » sur l’histoire de la philosophie, sur l’origine de nos connaissances, sur l’autorité, sur la peine capitale et la théorie du pouvoir.

Dégagé de ses fonctions de supérieur, le professeur collabore avec son confrère Joseph-Sabin Raymond à l’offensive antilibérale contemporaine : il encourage l’entreprise des zouaves de « l’Église militante » et bientôt « triomphante », prêche en l’honneur des défenseurs du Saint-Siège fait des conférences sur Rome et la Terre sainte, décrit les devoirs de l’évêque à l’occasion du sacre de Mgr Charles La Rocque. Devenu grand vicaire en 1866, il appuie Joseph-Sabin Raymond, en polémique avec le libéral Louis-Antoine Dessaulles, en critiquant en avril 1867 une conférence de celui-ci, faite en 1863, sur « le progrès ».

Tout au cours du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, les méthodes d’enseignement dans les collèges classiques, tout comme au Séminaire de Saint-Hyacinthe, n’évoluent guère. Il faut attendre la Révolution tranquille et surtout le Rapport Parent pour qu’un changement radical soit opéré.

Toutefois, dès les années 1950, les critiques envers le système d’éducation québécois sont nombreuses. L’une des attaques les plus virulentes vient du frère Jean-Paul Desbiens, 1927-2006, qui écrit sa critique sous le pseudonyme Frère Untel. La publication de son livre Les insolences du Frère Untel en 1960 a l’effet d’une bombe.

Arrivé au pouvoir le 5 juillet 1960, le Parti libéral du Québec accorde la priorité à l’éducation. L’un des premiers gestes que pose le gouvernement est de moderniser le système d’éducation. Pour ne pas froisser l’Église catholique, on nomme Mgr Alphonse-Marie Parent à la tête d’une commission d’enquête; il la présidera de 1961 à 1966.

Albert Rémillard, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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