7 avril 2016
Le couvent de Saint-Pie
Des inspections aux effets désastreux
Par: Benoit Lapierre
Des inspections aux effets désastreux

Des inspections aux effets désastreux

Construit en 1888, le vieux couvent des Soeurs de la Présentation de Marie, à Saint-Pie, est menacé de démolition à la suite d’inspections des ­pompiers. Seuls d’importants travaux correctifs pourraient le sauver. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Construit en 1888, le vieux couvent des Soeurs de la Présentation de Marie, à Saint-Pie, est menacé de démolition à la suite d’inspections des ­pompiers. Seuls d’importants travaux correctifs pourraient le sauver. Photo François Larivière | Le Courrier ©

À moins d’un miracle, l’ancien couvent des Soeurs de la Présentation de Marie, au coeur de Saint-Pie, sera ­vraisemblablement le prochain édifice patrimonial de la région maskoutaine à tomber sous le pic des démolisseurs.

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Propriété d’Habitat Saint-Pie, l’organisme sans but lucratif (OSBL) qui opère les ­résidences pour aînés de la rue de La ­Présentation, le couvent datant de 1888 sert toujours de centre communautaire à la municipalité, mais peut-être plus pour longtemps.

À la suite de visites effectuées par le ­service de sécurité incendie de Saint-­Hyacinthe et de la Régie du Bâtiment (RBQ), il a été jugé non sécuritaire en cas de feu. À défaut d’une mise à niveau qui coûterait au moins 500 000 $ à la Ville de Saint-Pie, selon un rapport d’architecte, les ­organismes qui occupent l’édifice – Le Centre de la Famille Saint-Pie, la FADOQ, les ­Chevaliers de Colomb et l’AFÉAS – ­devront l’avoir quitté le 30 juin, à l’expiration de leurs baux (la Ville ­apportait une contribution de 9 000 $ par an à la location des locaux).

Le maire de Saint-Pie, Mario Saint-Pierre, affirme que la municipalité ne peut engager autant d’argent pour sauver le vieux couvent, elle qui a déjà investi 200 000 $ vers 2003 pour le conserver en bon état. Il lui reste d’ailleurs à rembourser 50 000 $ en capital sur cet emprunt. « La structure est très bonne, toutes les fenêtres ont été ­changées. Mais là, on n’a pas les moyens de dépenser 500 000 $ de plus pour l’atteinte de nouvelles normes de sécurité. Eux (les inspecteurs), quand ils débarquent, ça vient de te coûter des milliers de dollars. À un moment donné, il y a une limite, il faut une certaine logique », a-t-il commenté.

Couverture de risques

Dans le cadre des actions découlant de ­l’entrée vigueur du schéma de couverture de risques de la MRC des Maskoutains (février 2012), le Centre communautaire de Saint-Pie avait fait l’objet, vers juin 2013, d’une première visite par le Service de sécurité incendie de Saint-Hyacinthe. Ce service était alors responsable des inspections préventives sur tout le territoire de la MRC, ce qui n’est plus le cas depuis la fin de 2015.

« Après cette visite, la feuille était blanche, il n’y avait presque rien à faire. Mais il y en a eu une deuxième à l’automne 2013 : ­pourquoi? Là, la feuille est devenue noire, ils ont pesé sur le crayon en masse. Je suppose que des gens n’avaient pas aimé le premier rapport », raconte M. Saint-Pierre, en parlant des portes coupe-feu, des gicleurs et autres équipements coûteux dont l’installation est maintenant exigée. Selon les inspecteurs, même l’escalier de secours métallique, à l’arrière, devrait être changé (coût : 100 000 $). « Si des gens dormaient à cet endroit, je ne dis pas, mais il n’y a personne qui vit là. C’est bien différent », fait valoir ­Mario Saint-Pierre.

Devenu maire de Saint-Pie aux élections de novembre 2013, il a demandé deux ­rencontres au sujet du couvent avec le ­directeur général de la MRC, Gabriel ­Michaud, et les responsables de la ­prévention, dont Daniel Dubois, chef du ­service ­Sécurité incendie à Saint-Hyacinthe. « On nous a dit que ce qui arrive à Saint-Pie allait se produire partout où il y a des bâtiments anciens, mais moi, j’en doute. »

Le maire Saint-Pierre précise qu’après les préventionnistes de Saint-Hyacinthe, ce sont les inspecteurs de la RBQ qui se sont amenés au centre communautaire au ­printemps 2015, et ils n’ont pas allégé le ­dossier.

Lorsque, l’automne dernier, la Ville de Saint-Hyacinthe et la MRC ont mis fin à leur partenariat en prévention incendie, la Ville de Saint-Pie, échaudée par l’affaire du ­couvent, a profité de cette brèche pour ­s’organiser seule en cette matière. Elle est aujourd’hui desservie par le groupe de ­prévention GPI. « Les gens de GPI nous disent qu’à Montréal, la Prévention ne fait pas tout ce qu’elle veut dans les vieux bâtiments, que tout n’y est pas pris au pied de la lettre et qu’il y a une recherche de solutions. Nous aussi, c’est de la prévention qu’on veut, pas de la répression », ajoute M. Saint-Pierre.

Que se passera-t-il après le 30 juin? Le vieux couvent sera fermé, et Habitat Saint-Pie poursuivra l’élaboration d’un nouveau ­projet de résidences pour aînés autonomes. Ce troisième bâtiment serait mis en chantier sur l’emplacement du vieux couvent démoli. Les Soeurs de la Présentation de Marie avaient cédé leur propriété à Habitat Saint-Pie à la création de cette corporation en 1978, a rappelé le directeur général de l’organisme, François Tétreault.

Il a indiqué que l’OSBL était loin de ­posséder les ressources financières qui lui permettraient de réaliser la mise à niveau de 500 000 $ exigée par les autorités. « Et il nous faudrait ajouter 250 000 $ pour restaurer les murs de brique et la toiture », signale-t-il.

Centre communautaire

M. Tétreault a révélé qu’Habitat Saint-Pie avait tenté d’intéresser la Ville à un projet conjoint qui aurait consisté à reloger le centre communautaire dans un édifice neuf, sur la partie arrière de la propriété. L’OSBL, dit-il, veut construire une troisième résidence pour aînés parce que les deux premiers édifices, de 24 et 14 logements, sont occupés au maximum de leur capacité.

Mais la Ville s’est plutôt tournée vers la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, qui doit régler d’urgence une pénurie de locaux à l’école primaire au Coeur-des-Monts. Le ­projet, s’il est subventionné, consistera à agrandir le pavillon Sacré-Coeur, du 136 de La Présentation (2e et 3e cycle), pour y créer deux classes supplémentaires, en plus d’un ­nouveau centre communautaire municipal. La Ville agirait comme maitre d’oeuvre de ce projet auquel la Commission scolaire devait participer en fournissant le terrain ­nécessaire. Le seul problème, c’est que le vrai propriétaire de cette parcelle n’est pas la commission scolaire, mais bien la fabrique de la paroisse Saint-Pie. La municipalité a néanmoins confié au bureau d’architectes ACDF le mandat d’étude préliminaire de ce projet, pour le moment évalué à 1,2 million $.

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