30 novembre 2017
Remplacement des briques du Marché public
Des Maskoutains incrédules
Par: Benoit Lapierre
Bertrand Hébert et Raynald Therrien devant le Marché public de Saint-Hyacinthe. Ils ne comprennent pas que la Ville veuille remplacer la brique d’origine de son monument historique.   Photo François Larivière | Le Courrier ©

Bertrand Hébert et Raynald Therrien devant le Marché public de Saint-Hyacinthe. Ils ne comprennent pas que la Ville veuille remplacer la brique d’origine de son monument historique. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le parement de brique de la maison du 1805, rue Girouard Ouest a été restauré par Raynald Therrien.   Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le parement de brique de la maison du 1805, rue Girouard Ouest a été restauré par Raynald Therrien. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les murs de brique de la grande maison du 2000, rue Saint-Patrice ont été restaurés par Bertrand Hébert. À gauche, la maison en « pièce sur pièce » de Raynald Therrien.   Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les murs de brique de la grande maison du 2000, rue Saint-Patrice ont été restaurés par Bertrand Hébert. À gauche, la maison en « pièce sur pièce » de Raynald Therrien. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Des propriétaires de maisons anciennes du centre-ville qui ont déjà restauré de vieux murs de brique plus abimés que ceux du Marché public ne comprennent pas que la Ville ait choisi de remplacer complètement le revêtement extérieur de l’édifice patrimonial de la rue des Cascades, au risque de lui faire perdre son authenticité.

Publicité
Activer le son

L’enlèvement des briques d’origine datant de 1876-1877 et leur remplacement par une maçonnerie de briques neuves est bel et bien au programme en 2018, dans le cadre des phases II et III du projet de réhabilitation du Marché public, dont le coût atteindra les 6 M$. Cette opération est prévue au contrat de 3,6 M$ qui a été octroyé le 5 septembre à la firme Saint-Denis Thompson, de Verdun, et qui inclut la réfection de la toiture.
« Tous ceux à qui j’en parle trouvent que ça n’a pas de bon sens », soutient Raynald Therrien, un Maskoutain qui a restauré plus d’une maison ancestrale au centre-ville, dont celle du 1805Girouard Ouest, coin Hôtel-Dieu, devant la cathédrale. Il estime que sa construction, sur un terrain en pente, remonte à la période 1850-1870.
« On en a eu quatre de cet âge-là sur Girouard. Quand j’ai acheté celle-là en 1980, si je ne m’en occupais pas, elle était bonne pour la démolition », raconte M. Therrien, en contemplant le fruit de son travail, 37 ans après. Sur le mur arrière, beaucoup plus haut que celui de façade, il avait remis en place une section de maçonnerie qui s’était décollée près du toit. À d’autres endroits qui méritaient des réparations, il avait désassemblé, puis tout remonté avec les briques originales et pour finir, repeint la brique avec un latex acrylique. « Le Marché public est en meilleur état que ce qu’était la mienne, et j’ai tout fait moi-même. Selon moi, à la Ville, ils ont été mal conseillés. »
Bertrand Hébert en est un autre qui s’y connaît en bâtiments anciens, étant propriétaire de quelque 150 portes dans Saint-Hyacinthe, dont plusieurs au centre-ville. Lui non plus ne comprend pas ce que la Ville se prépare à faire au Marché public. « Y a-t-il un rapport d’expert derrière ça? Enlever toute la brique, je n’ai jamais vu ça, et je n’imaginais même pas qu’on pouvait penser faire ça », s’interroge-t-il.
Tout comme M. Therrien, M. Hébert a lu aussi procédé à des restaurations importantes, dont celle des murs de brique de la maison victorienne du 2000, rue Saint-Patrice. « La brique est d’origine : 1884 », signale-t-il. Il a redonné à la bâtisse ancestrale sa fraîcheur du début en enlevant la vieille peinture qui recouvrait la brique, en procédant par brossage, puis en appliquant un scellant transparent. « C’est beaucoup de travail, mais ça ne coûte pas des millions. »
À deux pas de là, avenue Bourdages Nord, on aperçoit une petite maison blanche au toit bleu ciel qui appartient à Raynald Therrien. « Elle est en « pièce sur pièce » ; c’est sûrement l’une des plus vieilles de Saint-Hyacinthe », souligne-t-il.
Les deux hommes ont fait le tour du Marché public en y allant de quelques observations, tout en faisant les mêmes constats. « C’est droit comme si ça venait d’être construit. Il y a beaucoup de bâtisses au centre-ville qui ne sont pas droites comme ça. Il y a juste un peu de peinture qui s’écaille ici et là, sans doute à cause d’un peu d’infiltration », note M. Therrien.
Selon eux, la Ville pourrait simplement gratter la peinture écaillée et repeindre au latex, le fini recommandé pour la brique, ou revenir à la surface originale par décapage ou brossage, puis en protégeant le tout d’un scellant. « Nous n’avons pas la prétention d’être des experts, mais enlever toute la brique, ça nous apparaît draconien. C’est comme prendre un « douze » pour tuer une coccinelle dans sa fenêtre. Et cette brique-là et peut-être meilleure que celle qu’ils veulent mettre à la place », croit Bertrand Hébert.

image