24 janvier 2013
Incendie du Collège Sacré-Coeur
Des Maskoutains se souviennent
Par: Martin Bourassa

Le feu du Collège Sacré-Coeur de Saint-Hyacinthe le 18 janvier 1938 a marqué les Maskoutains au fer rouge. Soixante-quinze ans plus tard certains n’ont toujours pas oublié les circonstances de l’un des incendies les plus meurtriers qu’ait connu l’histoire du Québec. Retour sur de tristes souvenirs.

Le lourd bilan de l’incendie du Collège Sacré-Coeur traduit à lui seul l’ampleur, voire la démesure de l’horrible tragédie qui a fait pas moins de 46 victimes et une bonne vingtaine de blessés, en plus de détruire complètement l’édifice.

Pas moins de 41 élèves et pensionnaires du collège et cinq frères enseignants de la congrégation des Frères du Sacré-Coeur y ont trouvé la mort lors du feu qui aurait été provoqué par une explosion de gaz dans la chambre de fournaises.

Incapable d’oublier

Rejoint au Séminaire de Saint-Hyacinthe, l’abbé Roméo Robert n’a pas eu besoin de l’appel du COURRIER pour réaliser que l’année 2013 marque le 75e anniversaire de l’incendie.

« J’y avais pensé même après toutes ces années, confie-t-il, j’y pense chaque année quand le mois de janvier arrive. Je pense à tous ceux qui ont perdu la vie et à tous ceux qui ont perdu un proche cette nuit-là, aux familles. On ne peut pas oublier ça… »Il avait 16 ans à l’époque et étudiait au Séminaire. Plusieurs de ses amis étudiaient au Collège Sacré-Coeur en 1938. Il se souvient s’être rendu sur les lieux du drame, en pleine nuit, en compagnie de son père, en espérant donner un coup de main.« On ne pouvait pas approcher tellement le feu était intense. On nous gardait à bonne distance, mais on pouvait voir les flammes et la fumée. Ça flambait de partout. On pouvait surtout entendre des cris, ceux des élèves et des frères qui tombaient dans le feu, j’imagine, ou qui tentaient d’y échapper. Puis, j’ai vu le toit s’effondrer… »Selon les récits de l’époque, on pense que c’est sur le toit qu’une majorité de victimes s’étaient réfugiées en sortant du dortoir, dans l’espoir d’être secourues. En vain.« Mon père et moi ne sommes pas restés sur place très longtemps. Il faisait un froid intense et nous avons vite réalisé que nous ne pouvions rien y faire. Mais ces images-là, je ne les ai jamais oubliées. Même avec l’âge… »Parmi les souvenirs de l’abbé Robert, il y a aussi ceux liés aux funérailles qui ont suivi. Il se souvient des cercueils exposés dans la chapelle de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe et des funérailles célébrées par Mgr Decelles à la Cathédrale. « J’étais dans les Scouts et nous étions impliqués dans le protocole lors des funérailles. On a dû réanimer des personnes évanouies à l’aide de sels d’ammoniaque. C’était assez impressionnant et poignant de voir autant de gens et autant de cercueils au même endroit. »Selon les recherches d’Albert Rémillard, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, les restes des 46 victimes, trouvés dans les décombres, carbonisés et mutilés ne purent être identifiés, sauf ceux de trois élèves, que les parents réclamèrent; les autres furent placés dans quinze cercueils.Au moment de l’incendie, on estime qu’il y avait 31 Frères du Sacré-Coeur, 85 pensionnaires et quatre employés à l’intérieur du collège.

« Ça m’a donné un coup »

Gilles St-Amand avait 10 ans lors de l’incendie du Collège Sacré-Coeur où il étudiait, sans y être pensionnaire. Dans sa classe de quatrième année, il se souvient qu’il y avait sept pensionnaires. Six de ceux-là sont morts dans l’incendie.

« Quand j’ai su pour le feu, ma première réaction d’enfant a été de me réjouir du fait que nous aurions sûrement congé pendant quelques jours. J’ignorais toute l’ampleur. Quand je suis allé sur le site non loin de notre maison qui était sur la rue Delorme, ça m’a donné un coup. Ce n’était pas le fun à voir. Il y avait énormément de curieux et c’était bien émotif. Même chose aux funérailles. »Le congé aura finalement duré trois semaines ou un mois, le temps des funérailles et de déménager tous les élèves. Certains ont pris la route de Montréal, d’autres, dont M. Saint-Amand, ont repris les études à l’Académie Girouard, rue Mondor.

La peur gagne les dortoirs

Mme Huguette Gauvin, 91 ans, étudiait en huitième année et était pensionnaire à l’École normale en 1938. Cette institution des Soeurs de la Présentation de Marie était située sur des terrains contigus à ceux du Collège Sacré-Coeur.

« C’est par la mère supérieure que nous avons appris la terrible nouvelle au petit matin, se souvient Mme Gauvin. Cinq ou six de mes camarades avaient des frères au Collège et elles étaient très émues. Mais nous n’avions pas eu le droit de sortir. Nous apprenions les détails par l’intermédiaire des religieuses, même si nous pouvions voir la fumée au loin. On connaissait la plupart des familles, ça nous a touchés. » Plus que tout, elle se souvient de la commotion provoquée par l’incendie.« Nous comme pensionnaires, ça nous a marquées et bouleversées, dit-elle. Nous avons alors pris conscience qu’un drame pouvait arriver en pleine nuit. Nous avons soudainement eu très peur de nous coucher au dortoir. Nous étions très énervées. »

Un pincement au coeur

Selon M. Rémillard, « Toutes sortes de rumeurs, de probabilités ou de dénouements au sujet de cette hécatombe furent véhiculés avant, pendant ou après l’enquête du coroner. Ce qu’il faut retenir, c’est la parfaite abnégation des religieux pour porter secours aux élèves et la grande charité des Maskoutains pour recueillir et aider les survivants, sans oublier les soins attentifs prodigués aux victimes, que ce soit à l’hôpital Saint-Charles, à l’Hôtel-Dieu ou par les médecins de Saint-Hyacinthe. »

La vente annoncée de l’église Sacré-Coeur, sur la rue Laframboise et les anciens terrains du Collège du même nom qui n’a jamais été reconstruit, n’est d’ailleurs pas vue d’un bon oeil par plusieurs témoins de l’incendie.« Cette église a toute une histoire, ça me fait vraiment un pincement au coeur de savoir qu’elle perdra bientôt sa vocation », a conclu l’abbé Roméo Robert.

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