28 janvier 2016
Des nuances de gaz
Par: Martin Bourassa

Avec raison, la Ville de Saint-Hyacinthe se targue d’être une pionnière au niveau municipal dans le dossier de la biométhanisation.

Les progrès que nous avons réalisés ces dernières années avec la valorisation de nos boues d’épuration et de nos déchets organiques sont notables et nos efforts et réussites méritent d’être reconnus et ­encouragés. Et ils le sont.

Les gouvernements provincial et ­fédéral nous ont versé des millions pour nous ­accompagner dans ce projet estimé à environ 50 M$. Et une flopée de prix nous sont tombés dessus comme la ­misère sur le pauvre monde. Notre ­audace et notre ­esprit d’innovation font l’unanimité. La Ville de Saint-Hyacinthe ne manque pas une occasion de mettre de l’avant ses bons coups, à l’aide de communiqués de presse ou de publicités qui laissent souvent peu de place aux nuances.

Ainsi, tout le monde à Saint-Hyacinthe et même au Québec semble convaincu que la cité maskoutaine est devenue en novembre 2014 la première ville au ­Québec à produire du gaz naturel et à ­utiliser ce gaz naturel pour chauffer ses bâtiments et alimenter des véhicules ­municipaux. Plusieurs ont été surpris d’apprendre la semaine dernière par l’entremise du COURRIER que ce n’était pourtant pas le cas.

Du moins pas encore, même si cela se fera un jour plus proche qu’éloigné.

Car tout ne tourne pas rond encore à l’usine de biométhanisation. On produit certes du biogaz depuis novembre 2014, mais ce il ne sert actuellement qu’à ­assécher les boues d’épuration et à ­chauffer les bâtiments sur le site. Notre biométhane devra être purifié ­davantage avant de pouvoir intégrer le réseau de gaz naturel. Pour l’instant et depuis la ­première heure, la flotte de véhicules ­municipaux qui ­circule dans nos rues est alimentée par Gaz Métro et non par la fermentation de nos bacs bruns.

À propos de ces bacs, on vient ­d’apprendre que notre système a beaucoup de mal à digérer les branches qui y sont déposées par les citoyens. Tant et si bien que tout le contenu des bacs bruns est détourné depuis septembre vers un site de compostage de la région. Tout un problème à régler. Car on a beau dire que le contenu des bacs bruns ne représente qu’une infime partie des intrants à ­traiter, l’usine de biométhanisation a d’abord été créée et financée pour traiter nos boues d’épuration et nos déchets ­organiques domestiques. Par la bande, tant mieux si nous pouvons prendre en charge et faire de l’argent avec les ­déchets agroalimentaires industriels, mais il n’appartient pas à notre municipalité d’investir de nos taxes pour résoudre ­essentiellement les problèmes du privé. D’où la nécessité de trouver une solution pour recevoir l’intégralité de nos déchets organiques. La bonne nouvelle, c’est que cette solution existe. Il s’agit d’une ­technologie qu’il faudra importer ­d’Europe et payer de notre poche en ­devises étrangères. On ignore toutefois le montant de l’investissement, et si d’autres subventions pourraient nous être versées. Il faut dire qu’en matière de subventions, Saint-Hyacinthe a été choyée dans ce dossier. Depuis, c’est la disette.

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