22 juin 2017
Des paysages agricoles magnifiques… et utiles pour l’environnement
Par: Le Courrier
André Lussier Photo Jean-Guy Dorris

André Lussier Photo Jean-Guy Dorris

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec 16 producteurs agricoles qui, à l’été 2016, ont participé au projet Le photographe est dans le pré. Ces producteurs étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs, sensibles à la préservation des ressources, qui ont mis en place de bonnes pratiques agroenvironnementales sur leur ferme. Les agriculteurs participants s’impliquent tous bénévolement au sein d’un comité de bassin versant de la MRC. Consultez le site Internet de la MRC pour en savoir plus sur ce projet. 

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Cette entrevue avec André Lussier, de Saint-Hyacinthe, est la sixième de la série. Il était jumelé avec les photographes Michel Gadbois, Sébastien Deraspe et Jean-Guy Dorris. 

À cinq kilomètres du centre-ville de Saint-Hyacinthe, la ferme d’André Lussier et Marie Josée Hébert, une entreprise agricole de la 5e génération, se consacre à la production de semences. Elle exploite aussi une porcherie depuis 1997. Les cultures pour la semence couvrent les 2/3 des 550 acres de la ferme. Une faible partie est cultivée en maïs tout en appliquant la rotation des cultures avec le soya et le blé.

En qualité de producteur agricole, quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’eau des fossés et ruisseaux?

« Mes ruisseaux et fossés, ça couvre environ un kilomètre de long. Il y a 20 ans, avec le MAPAQ, j’avais installé quelques barrages pour ralentir la vitesse de l’eau. On a planté des végétaux autour des barrages avec pour conséquence que depuis 20 ans, on n’a pas eu besoin de toucher au cours d’eau. Aussi, avec le semis direct, j’ai beaucoup moins de particules en suspension dans l’eau. Pour répondre aux gros coups d’eau, j’ai aménagé des avaloirs, ce qui retient aussi le sol. À plusieurs endroits, j’ai une centaine de pieds de large en foin et je fais beaucoup de culture de couverture : du sol travaillé sur ma terre, ça n’existe pas! La végétation est toujours présente sur toutes les surfaces. »

Comment vos actions ont-elles aidé à améliorer la biodiversité sur vos terres? (plantes indigènes, oiseaux, etc.)

« J’ai fait des essais avec la phacélie pendant deux ans. C’est une belle expérience, car les fleurs attirent les pollinisateurs. Les apiculteurs qui mettent des ruches sur ma ferme ont été très contents du résultat. Le résultat m’a donné le goût d’expérimenter avec d’autres plantes tout aussi fleuries, comme de nouvelles sortes de trèfle. Par exemple, il y a le trèfle rouge et aussi le trèfle incarnat que je vais cultiver cette année. C’est tout aussi beau et efficace avec les pollinisateurs. En plus des plantes de bandes riveraines, le trèfle ajoute à la diversité de la flore et favorise autant les insectes bénéfiques indigènes que les abeilles. Dans les parties plus en pente, j’ai mis du foin, ce qui crée aussi des abris pour la faune. Je laisse pousser quelques arbres, dépendant des espèces. Dans la coulée, j’ai planté des noyers noirs. Le reste, je fauche à l’automne et seulement à la fin des récoltes. Une bande riveraine va jusqu’au boisé que j’ai l’intention de préserver intact. Un grand-duc y élit domicile. J’ai aperçu aussi le busard Saint Martin et la buse à queue rousse. On voit aussi des renards et des rats musqués. Le boisé crée un corridor de biodiversité pour la petite faune, en plus d’embellir les paysages. J’ai installé une haie brise vent autour de la porcherie, ça attire toute une variété d’oiseaux. Ma vieille grange pourrait attirer des hirondelles des granges, mais ça fait quelques années qu’on n’en voit plus, malheureusement. » 

André Lussier s’intéresse beaucoup aux oiseaux et il les attire sur son terrain avec des arbres et arbustes à petits fruits variés. Il espère que plusieurs espèces d’oiseaux qui ont disparu vont revenir dans nos campagnes. Aucune des semences produites sur la ferme n’est traitée aux insecticides. Il y a une certaine population d’insectes, mais c’est diversifié et équilibré. La résistance ne peut se développer, ce qui diminue le risque d’épidémies. S’il y a une perte, ce n’est pas significatif, mais par contre les bénéfices sont très grands pour l’environnement. L’étude conduite pendant deux ans par le MAPAQ sur la ferme d’André Lussier, en comparant les rendements entre les semences traitées et non traitées, a conclu qu’il n’y avait aucune différence significative de rendement. « Il faut faire attention aux pressions qui sont exercées par les compagnies qui vendent les pesticides. Les bénéfices de ces produits sont souvent exagérés par rapport aux risques potentiels. On sait que des produits antérieurs ont été bannis parce que jugés trop dangereux. »

Comment voyez-vous la collaboration entre les différents groupes de producteurs agricoles?

« Je suis président d’un club conseil, donc je gravite dans ce milieu. Je connais plusieurs agriculteurs, mais surtout les plus conscientisés, car ce sont principalement eux qui fréquentent les clubs conseils. Une légende urbaine tente de faire croire que les pratiques bonnes pour l’environnement coûtent cher, alors que ce n’est pas vrai si c’est fait intelligemment. Par exemple, les espaces pris par les bandes riveraines sont en général peu productifs. Sans bande, ça décroche : il faut réparer ou creuser régulièrement et finalement, ce n’est pas très payant. Comme agriculteurs, on a aussi une responsabilité sociale et les clubs conseils font un très bon travail d’information et de sensibilisation. Je connais des agriculteurs au départ réticents qui sont maintenant des promoteurs des clubs conseils parce que l’approche véhiculée n’est pas coercitive, mais équilibrée.

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