9 avril 2020
Des personnes âgées atteintes de la COVID-19 transférées à l’Hôtel-Dieu
Par: Martin Bourassa

Depuis le 1er avril, l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe reçoit des personnes âgées atteintes de la COVID-19 provenant de résidences privées ou de ressources intermidiaires qui ne peuvent assurer un isolement adéquat pour les personnes infectées. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Des personnes âgées testées positives à la COVID-19 – ou en dépistage -provenant de résidences privées et de ressources intermédiaires de la région ont commencé à être transférées à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe la semaine dernière.

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Cette décision a causé un certain émoi parmi le personnel puisqu’il n’y avait jusque-là aucun cas de la COVID-19 parmi les 400 résidents qui y logent, à l’exception d’un cas considéré comme suspect, selon les informations recueillies par LE COURRIER. « C’est l’hystérie collective, a confié une infirmière qui a communiqué avec le journal à la suite des premières admissions. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. »

Certains employés refusent de travailler sur l’unité du Parc située au troisième étage de l’Hôtel-Dieu, de crainte d’être contaminés et de mettre leur santé et celle de leur famille en danger. Pour l’instant, vu le nombre limité de patients concernés, il semble encore possible d’accommoder le personnel craintif. « C’est un gros choc pour beaucoup d’employés qui refusent de travailler dans cette unité pour des raisons familiales. C’est un peu la panique », a mentionné cette infirmière en demandant de taire son nom.

Trois premiers patients ont été accueillis au centre d’hébergement de soins longue durée (CHSLD) maskoutain le 1er avril. Un seul avait un diagnostic positif lors de son admission. Un autre patient s’est ajouté, mais deux ont été en mesure de retourner à leur résidence d’origine dès que ces établissements ont été en mesure de sécuriser leurs installations. Mardi, il ne restait donc que deux patients sur cette unité qui peut en accueillir une trentaine en isolement. Cette dernière était vide depuis un bon moment puisque les admissions étaient en grande partie suspendues à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe depuis décembre en raison d’une pénurie de personnel. À l’autre extrémité du troisième étage de l’Hôtel-Dieu, on retrouve l’unité de soins palliatifs avec sa douzaine de lits dédiés aux personnes en fin de vie.

Une question de protection

Crise de la COVID-19 oblige, l’intention de la santé publique de la Montérégie est de reloger à l’Hôtel-Dieu des personnes âgées en dépistage ou testées positives qui ne respectent pas les consignes de la santé publique pour des raisons d’ordre cognitif ou autres. « Les résidences privées ou intermédiaires n’ont pas toujours la possibilité de gérer ces personnes et de les soigner. Celles-ci sont transférées à l’Hôtel-Dieu selon le besoin. Sur place, elles sont confinées à leur chambre sur une unité fermée et isolée du reste des résidents. Il faut faire cela pour protéger ces gens-là et toute la population afin de limiter les risques de contamination », précise Hugo Bourgoin, conseiller aux relations médias au CISSSME.

Il mentionne que le personnel de l’Hôtel-Dieu a tout l’équipement requis et l’expertise nécessaire pour remplir ce mandat. « Les employés ont été formés, d’autres vont l’être et ils sont bien protégés », assure M. Bourgoin.

Selon un récent décompte, près de 570 des quelque 2600 milieux de vie pour aînés au Québec étaient affectés par la COVID-19. La liste complète des centres infectés ainsi que le nombre précis de résidents atteints n’ont pas été rendus publics par la santé publique pour des raisons de confidentialité.

En date du 2 avril, selon les chiffres rendus disponibles par le gouvernement, pas moins de 165 CHSLD publics ou privés conventionnés comptaient au moins un ou plusieurs cas confirmés ou suspectés, sur une possibilité de 269 CHSLD. Dans la même veine, le virus s’était infiltré à l’intérieur de 204 résidences privées pour aînés sur une possibilité de 1743 ainsi que dans 12 ressources intermédiaires ou familiales sur une possibilité de 83.

Pas plus tard que jeudi dernier, le premier ministre François Legault ainsi que la ministre de la Santé, Danielle McCann, répétaient qu’il n’était pas souhaitable de transférer des aînés et qu’il fallait autant que faire se peut de les soigner sur place, de les soigner dans leur milieu de vie actuel, plutôt que de les transférer dans les centres hospitaliers.

Le fait de diriger les personnes âgées positives ou suspectées de la COVID-19 est donc vu comme un compromis acceptable et une mesure de santé publique qui s’impose dans les circonstances. D’autres CHSLD situés sur le territoire du CISSSME pourraient également être mis à contribution si le besoin s’en fait sentir.

Dans chaque milieu, la consigne a été donnée de réaménager les lieux et de libérer des espaces afin d’isoler dans des unités fermées les résidents ou des personnes présentant des symptômes du virus. La direction nationale de la santé publique a indiqué dimanche que, parmi les quelque 94 décès constatés à ce moment en lien avec l’éclosion de coronavirus au Québec, environ 40 % se rapportaient à des victimes en CHSLD et 20 % en résidences pour personnes âgées.

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