9 mai 2013
Des t-shirts à 5 $
Par: Christian Vanasse
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C’est avec une hypocrisie crasse et des larmes de crocodile à l’oeil que les commerçants canadiens de vêtements cheaps ont commenté l’effondrement de cet atelier de misère au Bangladesh.

Les Loblaws et compagnie se désolaient de la situation, assuraient que cela ne se reproduirait plus et qu’on allait indemniser les victimes… tout en continuant de vendre des t-shirts à 5 $ fabriqués dans les sweatshops qui tiennent encore debout. Compétitif, compétitif, faut rester compétitif. Écraser les prix, crouler sous les rabais, être ensevelis sous les aubaines… nous avons été émus pendant une bonne semaine, puis, nous sommes retournés au Walmart acheter deux t-shirts pour 5 $. Ben quoi? C’tait en spécial! Ici, on est déjà passé à autre chose. On est en train de s’énerver sur le fait que dans une ligue de broche à foin, un p’tit millionnaire a compté un but avec son patin. Ou capoter sur le prix du gaz. Ou du linge. Là-bas, au Bangladesh, on creuse encore.Paraît qu’on n’est pas rendu aux étages inférieurs où se trouveraient toujours des centaines d’autres corps. Et s’ils creusent assez loin, assez profondément, jusqu’à la fondation même de cet édifice bancal, ils trouveront… un paquet de monde qu’on connaît. Amis, parents, collègues, des fois, vous. Nous. Les acheteurs compulsifs qui nous contrefoutons du nombre de morts au fond… 400, 500, 600. Qu’importe. Le seul chiffre qui nous intéresse vraiment, c’est celui avant la virgule dans le prix. Scandalisés par la commission Charbonneau, Millioto et ses travaux, mais incapables de voir notre propre corruption à la prochaine vente trottoir, au yab’ l’éthique, tchek juste l’étiquette. Sont’ 3 pour 5 $!!!Ici, le prix le plus bas fait loi. Et avec notre aveuglement volontaire, le prix le plus bas, fait foi. De toute.

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