4 août 2011
Pipeline d'Ultramar
Des Warriors débarquent à Sainte-Rosalie
Par: Jean-Luc Lorry

Les pressions autochtones ont monté d’un cran la semaine dernière dans le dossier du pipeline d’Ultramar. Des Warriors Mohawk ont hissé leurs couleurs à proximité de deux tipis érigés sur le terrain de Martin Scott à Sainte-Rosalie.

Depuis presque deux semaines, des Amérindiens logent dans un campement dressé sur la propriété de M. Scott, l’un des cinq agriculteurs qui s’opposent au passage d’un oléoduc sur sa terre.

« Notre mission est de protéger la Terre-Mère aujourd’hui et pour les générations futures », a déclaré lors d’une conférence de presse précédée d’un court cérémonial, un Warrior pour justifier leur implication dans le dossier.Face aux médias, l’un d’eux vêtu d’un uniforme militaire et portant une coiffe traditionnelle a brandi une ceinture Wampum, un geste symbolique pour rappeler le contrat passé entre les peuples autochtones et les Européens lors de la colonisation. « Les deux lignes violettes sur cette ceinture blanche représentent nos deux peuples qui doivent marcher côte à côte et s’aider en cas de besoin », explique Guy Frigon, Grand Chef de la Confédération des peuples autochtones du Canada. Même si leur nom signifie « guerriers », ces Warriors se définissent comme des gardiens de la paix voulant faire respecter « les lois de la terre ». Rappelons que durant la crise d’Oka en 1990, cette branche de Mohawks avait dressé un barrage sur le pont Mercier. Lors d’une intervention policière, un agent avait été tué dans la confusion de l’affrontement.« J’étais présent lors de la crise d’Oka et je ne pense pas que nous nous rendrons jusque-là, considère Guy Frigon. À Oka, c’était la première fois que nous nous tenions debout. Ici, ce ne sont pas les mêmes circonstances. » Celui-ci précise que les Warriors installés à Sainte-Rosalie, dont certains proviennent des États-Unis, ne sont pas armés et que leur présence est pacifique.

Le pipeline compromis?

L’arrivée des autochtones dans le dossier du pipeline qui doit relier Lévis à Montréal vient mettre de solides bâtons dans les roues de la pétrolière.

Ardant défenseur de l’environnement et de la protection de la terre de leurs ancêtres, les Premières Nations n’excluent pas la possibilité de s’opposer à la poursuite du chantier qui représente un investissement total de 370 M$. « C’est la première fois que l’une des nations autochtones s’implique dans un dossier contre une compagnie internationale », a mentionné le Grand Chef des peuples autochtones du Canada, Guillaume Carle, qui agit à titre de médiateur. En raison des congés estivaux, la direction d’Ultramar n’a pas encore pris position dans ce dossier délicat. Les autochtones entendent demeurer sur place tant qu’un terrain d’entente ne sera pas trouvé avec la pétrolière.« Si Ultramar ne se présente pas à la table des négociations, l’autre partie (Les cinq agriculteurs et les autochtones) pourrait voter pour s’opposer au pipeline », prévient M. Carle.Fort du soutien des autochtones, Martin Scott espère gagner la partie de bras de fer qui l’oppose à Ultramar. « Si cette compagnie pétrolière cède sous la pression des autochtones et contourne ma terre après plus de six années de combat, je pourrais écrire une nouvelle version de David contre Goliath », indique avec enthousiasme Martin Scott.

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