23 septembre 2021
La CPTAQ a rendu sa décision
Dix hectares en zone agricole pour Exceldor
Par: Sarah-Eve Charland

La CPTAQ a accepté d’exclure des terres de l’avenue Pinard de la zone agricole. Photothèque | Le Courrier ©

Exceldor pourra construire son abattoir à Saint-Hyacinthe sur des terres agricoles. La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a autorisé l’exclusion de 10 hectares de la zone agricole refusant ainsi les trois hectares supplémentaires demandés par la MRC des Maskoutains.

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La CPTAQ avait déjà annoncé son intention d’exclure 10 hectares pour les besoins d’Exceldor en juin. En réponse à cet avis, la MRC avait plutôt demandé 13 hectares en prévision d’une deuxième phase et l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie avait qualifié ce changement d’orientation d’aberrant.

La CPTAQ juge l’exclusion de 10 hectares acceptable puisque le site sera voué à une activité industrielle dite para-agricole. La Commission ajoute que la « demande comporte déjà suffisamment d’inconvénients contre l’agriculture sans les accroître inutilement. Les réponses aux questions de la Commission portent à croire qu’une relecture des plans d’implantation est possible. » Elle invite ainsi Exceldor à revoir ses plans et à tenter de maximiser la superficie nécessaire pour intégrer les deux phases de son projet.

Pour la Commission, la perte de la ressource sol et l’homogénéité affectée est un moindre mal puisque le projet d’Exceldor comporte des retombées intéressantes pour l’agriculture. Le projet représente des investissements variant entre 200 M$ et 250 M$ ainsi que le maintien et la création de 600 emplois. La Commission a répété son avertissement comme quoi cette autorisation n’ouvrait pas la porte à l’agrandissement d’un parc industriel.

Une bonne nouvelle

Le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, se réjouit de cette décision. Même si la MRC avait demandé 13 hectares au lieu de 10. « On a travaillé très fort. Ça va amener des emplois et des investissements très importants. […] C’est sûr que 13 hectares auraient été mieux. C’est clair que la décision de la CPTAQ va permettre un projet d’Exceldor à Saint- Hyacinthe. Maintenant, ils doivent analyser de quelle façon ils vont s’organiser avec les 10 hectares. »

Le directeur général de Saint-Hyacinthe Technopole, André Barnabé, abonde dans le même sens. Il se rappelle d’ailleurs avoir rencontré une première fois les représentants d’Exceldor en juillet 2015 pour discuter de ce projet-là. « Là, on tombe dans le concret. On voit enfin la lumière au bout du tunnel », se réjouit-il.

Tout comme le maire de Saint-Hyacinthe, il est satisfait des 10 hectares ciblés par la CPTAQ même si cela ne permet pas une deuxième phase comme l’espérait Exceldor. « À court terme, il faut se concentrer sur l’ouverture de la CPTAQ à libérer une dizaine d’hectares pour permettre la réalisation de la première phase. C’est la bonne nouvelle du jour. Quand viendra le temps de la deuxième phase, il faudra voir à ce moment-là s’il y a des nouvelles technologies qui permettront d’arriver à la même productivité dans cet espace-là. C’est difficile de se projeter aussi loin dans l’avenir avec des choses concrètes. On travaillera avec les conditions futures dans 10-12 ans », ajoute-t-il.

Recrutement

Pour la suite des choses, Saint-Hyacinthe Technopole sera mis à contribution principalement au niveau du recrutement. Les centaines d’employés à l’usine de Saint-Damase seront transférés. À cela s’ajoutent d’autres centaines pour atteindre environ 600 employés. « Ça va représenter un défi. Avec un projet de cette ampleur, avant de pouvoir abattre les premiers oiseaux, il reste de très longs mois, même des années. On a le temps de préparer un plan de recrutement. On espère que la pénurie sera moins sévère », poursuit M. Barnabé.

Le représentant syndical des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), Réal Ménard, applaudit la nouvelle qui permet de consolider les emplois de l’usine de Saint-Damase. Après la signature de la convention collective des employés d’Exceldor à Saint-Anselme, il espère juste que l’employeur profitera de cette belle annonce pour majorer le salaire des employés à Saint-Damase.

« Les circonstances ont fait en sorte que la convention collective à Saint-Anselme s’est conclue avant Saint-Damase. On constate un écart de 2,15 $ du taux salarial entre les deux usines. On a accepté une paix sociale en repoussant les négociations de la convention collective en 2028. Entre temps, on ne veut pas qu’on nous oublie. »

Toute personne intéressée peut demander une révision ou un rectificatif à une décision de la CPTAQ en vertu de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. Une demande doit être effectuée dans les 30 jours suivant la décision.

L’UPA avare de commentaires

L’UPA Montérégie avait déjà réagi fortement à l’avis d’intention de la CPTAQ. La Fédération dit maintenant qu’elle prendra le temps d’analyser la décision avant de commenter. La Commission a d’ailleurs critiqué les arguments de l’UPA. Interpellée à ce sujet, l’organisation a réitéré sa volonté d’analyser le tout dans le délai prescrit.

La CPTAQ a mentionné que l’UPA manquait de vision dans son analyse des critères de la Loi au point où son analyse « part à la dérive ». « Nettement, ce qu’elle exprime va bien au-delà de la simple divergence d’opinions. Elle invite la Commission à faire preuve de dogmatisme sous prétexte que la demande porte sur des sols d’excellente qualité. Pour elle, ces sols doivent être protégés dans l’unique perspective d’être protégés et c’est là une erreur manifeste », peut-on lire dans la décision.

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