8 mars 2012
Téléphonie locale en péril
D’une concurrence déloyale à une autre
Par: Le Courrier

Les petites compagnies de téléphone du Québec crient au loup. C’est du moins l’avis des dirigeants de Cogeco Câble, qui ont répondu cette semaine à leurs détracteurs dans la foulée d’une décision du CRTC qui menacerait – selon les compagnies locales – l’avenir de la téléphonie rurale pour des milliers d’abonnés.

« Les compagnies de téléphone indépendantes font peur à la population inutilement, affirme René Guimond, vice-président aux affaires corporatives et aux communications chez Cogeco. Personne ne va se retrouver sans service de téléphone. Ces compagnies bénéficient de subventions qui leur permettent de faire face à la concurrence sans crainte. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est le CRTC. »

Rappelons qu’une décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) permet désormais à la concurrence d’offrir le service de téléphonie sur les territoires des compagnies indépendantes qui desservent les régions rurales. Ces dernières affirment que la décision pourrait mener à leur perte. Et si c’était le cas, plus personne n’aurait alors l’obligation de servir les abonnés à l’extérieur des villages, dont la desserte s’avère onéreuse.« Notre intention chez Cogeco, c’est de nous installer dans les territoires où nous offrons déjà les services de câble et d’Internet pour y ajouter la téléphonie, explique M. Guimond. Nous ne souhaitons pas servir les abonnés qui sont éloignés des villages, tout simplement parce que ce ne serait pas rentable. »Toutefois, poursuit-il, les compagnies indépendantes bénéficient d’un programme de subventions pour amortir les coûts élevés de leur desserte en milieu éloigné. Un fonds qui serait suffisamment généreux, à son avis, pour garantir leur viabilité financière et du même coup le service aux abonnés éloignés.« Présentement, à Saint-Hyacinthe, près du secteur Sainte-Rosalie, Cogeco peut offrir les trois services d’un côté de la rue, mais pas de l’autre, qui se trouve sur le territoire de Téléphone Guèvremont. C’est ça, la concurrence déloyale! », s’insurge M. Guimond, qui voit plutôt dans la décision du CRTC un juste retour du balancier.Le vice-président souligne par ailleurs que la décision n’a pas été prise à la légère par le Conseil, qui a mis quatre ans à faire le tour de la question. « Pendant ces quatre années, les compagnies de téléphone ont pu déployer des services de télévision et d’Internet pour venir concurrencer notre offre. Maintenant qu’on peut jouer d’égal à égal, le grand gagnant, c’est le consommateur, qui peut faire un choix. »

Upton

Par ailleurs, sur les huit territoires récemment ouverts à la concurrence à travers le Québec, seulement ceux qui comptent le plus d’abonnés verront Cogeco faire son entrée sur le marché. Dans notre région, Upton sera épargnée par la concurrence, contrairement à Téléphone Guèvremont, à Sainte-Rosalie, ou Sogetel, à Saint-Liboire.

Cette décision de Cogeco s’explique par le fait que le CRTC oblige les grandes entreprises à défrayer elles-mêmes leur arrimage au réseau si elles désirent s’installer sur un territoire qui compte moins de 3 000 abonnés. « C’est dommage pour les consommateurs d’Upton, qui ne bénéficieront pas des effets positifs de la concurrence sur les prix et qui n’auront pas l’opportunité de choisir, laisse tomber M. Guimond. Ils demeurent captifs d’un fournisseur unique. »Un argument qui fait bondir Serge Désy, président de l’Association des compagnies de téléphone. « La concurrence va nous forcer à augmenter les prix pour les abonnés en secteur éloigné tôt ou tard. Oui, on a des subventions, mais si on perd des abonnés dans les villages, on perd de l’argent. Un technicien pour tous les abonnés ou un technicien pour 40 % des abonnés, c’est quand même le salaire d’un technicien! »Même si la compagnie de téléphone Upton conservera pour le moment son monopole, son directeur Jean-François Mathieu ne compte pas abandonner la bataille. « Ce n’est pas parce que la concurrence ne vient pas aujourd’hui qu’elle ne viendra jamais, affirme-t-il. Elle va tout simplement attendre les conditions gagnantes. Moi, je n’ai pas de problème avec la concurrence, à la condition qu’elle ait les mêmes obligations que moi de desservir tout le territoire, même les secteurs ruraux. »-30-

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