23 avril 2020
COVID-19
D’une urgence à l’autre
Par: Martin Bourassa

Ça va bien aller un moment donné, mais pour l’instant, ça ne va pas bien pantoute dans les CHSLD de Montréal, de Laval et de la Montérégie. Y manque de bras, 2100 paires à temps plein selon les estimations, pour prendre soin des 4000 personnes infectées de la COVID-19 qui y séjournent et qui souffrent. Voilà certes une urgence nationale.

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Pour une deuxième semaine consécutive, François Legault a de nouveau supplié, lundi, les médecins spécialistes et autres professionnels de la santé de partout au Québec d’investir en grand nombre ces centres d’hébergement.

Et jusqu’ici, ce message particulier et ciblé ne passe pas vraiment bien.

On le sent inquiet, notre premier ministre, et même un peu dépassé et désespéré dans la mesure où il reconnaît que le recours aux médecins spécialistes n’est pas l’idéal, mais qu’il faut tout de même s’y résoudre faute de mieux. Faute de meilleures solutions.

Un gouvernement à court de solutions, ce n’est jamais bon signe en temps de crise. C’est comme si Claude Julien avouait son impuissance après une série de défaites de son équipe. Mais rassurez-vous, François Legault n’est pas à la veille de perdre son emploi, même s’il montre des signes de fatigue. Il est encore capable de s’élever au-dessus de la mêlée et de parler au vrai monde, à défaut d’émouvoir les médecins.

Son acte de contrition à l’endroit des préposées aux bénéficiaires sous-payées lui a attiré des louanges en quantité. Mais ce geste d’humilité, en prenant tout le blâme sur son dos, ne change rien à la réalité actuelle. Voilà que Québec doit même se résoudre à mettre toutes les activités hospitalières non urgentes sur pause pour deux semaines, le temps de reprendre le dessus en CHSLD. Pour que cela se produise, encore faudra-t-il que les renforts soient déployés rapidement sur le terrain. Le problème n’est pas la lourdeur bureaucratique du système de santé, a assuré sans rire M. Legault, mais au niveau des effectifs. On peine à lui donner le bénéfice du doute sur celle-là.

Il semble pourtant y avoir plusieurs ratés dans le fameux système si l’on se fie à ce qui était déjà documenté avant la crise et à toutes les histoires qu’on entend à droite et à gauche depuis. Ici les volontaires du site web Je contribue et qui ne sont pas rappelés, là les enseignants en soins de santé, les étudiantes en soins infirmiers, les finissants en médecine, les physiothérapeutes et tutti quanti qui s’étonnent de ne pas avoir été mobilisés un mois après le début de la crise.

Quand on voit la grosse misère des autorités à mobiliser les troupes pour aller au secours des aînés vulnérables, il y a lieu d’être inquiets pour nos producteurs agricoles. Les bonifications salariales de 100 $ par semaine (minimum de 25 heures) à ceux qui iront travailler dans les champs seront-elles assez alléchantes pour convaincre les volontaires d’ici de pallier l’absence des travailleurs étrangers moins nombreux?

Selon l’Union des producteurs agricoles de la Montérégie, les fermes de la région devront recruter des milliers de travailleurs pour assurer le bon déroulement de la saison 2020. Environ 300 travailleurs ont répondu à l’appel jusqu’ici. Là aussi, on pourrait manquer de bras. Tout pointe déjà vers une urgence agricole si jamais les volontaires qui manifestent leur intérêt se désistent et préfèrent chanter comme des cigales tout l’été.

Mais une urgence à la fois. Pour l’instant, le feu est pris solide dans nos CHSLD et des gens meurent. Mais pas dans tous les CHSLD fort heureusement. Même si Saint-Hyacinthe fait partie de la grande Montérégie, la région s’en tire assez bien jusqu’ici. Aux dernières nouvelles, il n’y avait que très peu de cas à l’Hôtel-Dieu, pour l’essentiel, pour ne pas dire pour la totalité, en provenance des résidences privées du territoire. Considérant que l’Hôtel-Dieu est l’un des plus gros CHSLD de la province avec ses 400 lits, cela tient de l’exploit. Chapeau au personnel qui fait des miracles.

À propos, il y a lieu d’être particulièrement fier de la réponse des Maskoutains face à la crise actuelle. Ce n’est pas le chaos dans la communauté. Les mesures de distanciation sociale et de confinement sont assez bien respectées.

Notre réseau d’entraide local et régional était bien préparé pour une crise aussi inédite et intense que celle que nous vivons. Nos organismes ont aussi su faire preuve d’agilité pour répondre aux besoins. La collaboration sur le terrain est exceptionnelle, disent tous les intervenants. Il ne manque pas de bras, ni de ressources, ni de motivation.

Ne lâchez pas surtout!

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