30 avril 2015
E.T. face à son destin
Par: Martin Bourassa
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Faites vos jeux, rien ne va plus.

On connaîtra lundi soir à la séance publique du conseil municipal de la Ville de Saint-Hyacinthe le sort réservé à l’ancienne usine E.T. Corset.

La Ville a le pouvoir de vie ou de mort sur le vénérable ou vétuste bâtiment, selon que l’on soit un défenseur du patrimoine ou un promoteur immobilier.

On raconte que le sort du bâtiment était presque scellé avant même l’ultime audience, tenue lundi en fin de journée; l’encre pratiquement séchée sur les autorisations nécessaires à la démolition. Sauf que les défenseurs du patrimoine auraient marqué quelques points et ébranlé les convictions de certains élus. Au point de faire basculer le vote? Peut-être pas. Il faut dire que l’E.T. Corset ne pesait pas lourd dans les préoccupations municipales jusque-là. Il ne faudrait donc pas s’étonner de voir la bâtisse être condamnée, du moins placée sur le respirateur artificiel.

Car même avec un permis de démolition en main, on croit comprendre que le promoteur ne sera pas au bout de ses peines. Il lui faudra ensuite obtenir le changement de zonage requis à la réalisation de son ambitieux projet sur le site.

Mais peu importe la décision du conseil en regard de la demande de démolition, nos élus ne sortiront pas grandis de ce dossier. Ils auront été passifs en matière de patrimoine. Comme l’a fait remarquer avec justesse un intervenant lundi, la Ville n’a absolument rien retenu de la controverse soulevée par la démolition de la Maison Casimir-Dessaulles il y a quelques années à peine. Encore une fois, la Ville a brillé par son manque d’implication dans un dossier de sauvegarde, en restant à la remorque des commentaires, observations, remarques et intérêts des groupes impliqués.

Au lieu de prendre l’initiative, de demander ses propres analyses et de dresser un inventaire le plus complet possible de l’état des bâtiments patrimoniaux, elle s’en remet toujours aux autres. Pire, on dirait que l’information ne circule pas, ou circule mal, entre les élus, l’administration générale et le Service de l’urbanisme. Nos élus sont donc la plupart du temps en réaction, voire en contradiction avec eux-mêmes.

Pourquoi ne pas corriger le tir et commander une étude sérieuse et indépendante?

Le dossier de la E.T. Corset est depuis longtemps une source d’embarras pour le conseil municipal. Depuis ce jour de mai ou juin 2009 où l’ex-maire de Saint-Hyacinthe avait pris tout le monde par surprise, dont son propre conseil, en décrétant une réserve foncière sur les terrains de la Goodyear et de l’E.T. Corset.

Cette annonce à saveur électoraliste n’a jamais eu de suite puisque la Ville s’est assise sur cette réserve et l’a finalement annulée quelques années plus tard. Non sans devoir s’entendre à l’amiable avec l’ancien propriétaire de la Goodyear (devenu aussi depuis propriétaire de l’E.T. Corset), question d’éviter de possibles tracas judiciaires.

Selon ce pacte, la Ville devait être partie prenante de la revitalisation du secteur; elle s’est finalement retrouvée prise entre deux feux nourris.

Quand va-t-elle retenir la leçon et devenir proactive en matière de patrimoine bâti?

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